Commençons par L’Histoire de l’église Saint-Ouen à Pont-Audemer. C’est une aventure à travers les siècles. À l’origine, il y a près de deux mille ans, les Romains occupaient notre belle Gaule et, heureusement pour nous, ils ne se contentaient pas de conquérir : ils construisaient ! Imaginez-vous ces ingénieurs romains traçant une route stratégique entre Lisieux et Lillebonne. Mais Pourquoi donc je vous parle de ceci ? Eh bien, ce qui rend cet endroit vraiment exceptionnel, c’est qu’ici, cette voie romaine croise l’Eure, notre précieuse voie fluviale. À la croisée de ces deux chemins de communication, un petit miracle s’est produit : les échanges, le commerce, la vie ! Quand les Romains sont repartis, nos ancêtres gaulois ont eu une idée géniale. Ils ont regardé ce lieu béni des dieux et se sont dit : « C’est ici que nous allons bâtir notre cité ! »

Voici donc la naissance d’une ville protégée. Et quelle idée brillante ! Car, voyez-vous, à cet endroit précis, la Risle forme naturellement deux bras. Deux bras de rivière, c’est comme un château fort naturel ! Nos ancêtres ont alors eu l’intelligence de creuser pleins de petits ruisseaux perpendiculaires, créant un véritable réseau de canaux aquatique. Pont-Audemer était née, et elle avait tout pour réussir : la richesse de la Normandie avec ses pâturages verdoyants, ses troupeaux, la pêche dans nos rivières, et bientôt… les fameux tanneurs ! Ces artisans du cuir ont fait la fortune de notre ville, transformant les peaux en richesses sonnantes et trébuchantes.

C’est au XIe siècle que débute la construction de notre première église Romane de Saint-Ouen ! Mais attention, ce ne fut pas l’œuvre d’un jour : cette église romane primitive se construisit lentement, pierre après pierre, génération après génération, jusqu’au XIIIe siècle. Imaginez ces longs siècles de labeur patient ! 

Petit aparté, saviez-vous que le chœur de l’église pointe vers l’est, vers le lever du soleil ? Ce n’est pas un hasard si toutes les églises pointent vers l’est. Pour les bâtisseurs chrétiens, l’est symbolisait la victoire de la lumière sur les ténèbres, l’aube rappelant la résurrection du Christ. Leurs croyances, c’est que de ce côté-là à l’est, Jésus reviendrait glorieusement à la fin des temps. Mais voici un petit détail amusant : si vous vérifiez avec une boussole moderne, vous constaterez que l’orientation n’est pas parfaitement est ! Et pour cause : au Moyen Âge, pas de boussole, tout se faisait à l’œil nu en observant le soleil. Or le soleil, selon les saisons, ne se lève jamais exactement au même endroit sur l’horizon. Résultat : nos maîtres maçons médiévaux se sont légèrement trompés, donnant à Saint-Ouen cette orientation approximative qui témoigne aujourd’hui des méthodes de construction d’autrefois. Fin de l’aparté, continuons sur l’histoire de cette église.

Au XIIe siècle, Pont-Audemer rayonne plus que jamais ! Si bien que les rois de France eux-mêmes remarquent notre petite merveille. Mais attention, les Anglais ne sont jamais bien loin, et on ne peut pas leur faire confiance… Alors, pour protéger cette entrée stratégique par les eaux, le roi accorde à Pont-Audemer des privilèges extraordinaires : exemptions de taxes, autorisation de fortifier la ville avec des remparts, pour protéger la ville, mais aussi pouvoir défendre le pays contre les anglais. Pont-Audemer a donc eu le droit à un vrai cadeau royal !

Notre cité prospère compte déjà trois paroisses : Saint-Ouen ici même, c”est la principale de la cité, Saint-Germain, et, de l’autre côté de la rivière, Saint-Aignan, qui n’existe plus aujourd’hui. Et savez-vous qui veillait sur toutes ces églises ? L’influente abbaye de Préaux, à seulement cinq kilomètres d’ici, véritable puissance spirituelle et temporelle de la région.

Cette église romane qui s’achève au XIIIe siècle, imaginez-la : trapue, massive, avec ses gros murs et ses petites ouvertures, typique de ce style architectural. Pas très élégante selon nos goûts actuels, certes, mais solide comme un roc ! D’ailleurs, regardez bien : il reste encore une partie du chœur et du transept actuels dans le fond de l’église, c’est tout ce qui reste de cette église romane construite sur trois siècles.

En 1350, événement majeur ! Des États Généraux se réunissent à Pont-Audemer. Quelle fierté pour notre petite cité d’accueillir une telle assemblée ! Et quelle est leur grande décision ? Remplacer notre vieille église romane devenue trop exiguë pour une population sans cesse grandissante.

Nos Pontaudemériens regardent vers Rouen, ce grand port, cette ville opulente avec sa magnifique cathédrale et son palais de justice. « Nous aussi, nous méritons une belle église moderne ! » se disent-ils, « Il faut suivre la mode gothique ! ». Le projet est grandiose : construire un chef-d’œuvre architectural ! Mais le destin en décide autrement… La guerre de Cent Ans éclate, nos « amis » anglais nous offrent un siècle de conflits ! Résultat ? Plus d’un siècle d’arrêt total ! Impossible de toucher à quoi que ce soit. Les grands projets devront attendre la fin du XVe siècle…

Nous arrivons en 1485 et, enfin, les travaux commencent ! Vers la fin du XVe siècle, on peut enfin respirer et reprendre les travaux ! Mais attention, il faut être malin : contrairement au projet initial, on ne démolira pas tout. On abat seulement la nef de la vieille église romane en gardant précieusement le transept et le chœur. Pourquoi ? Tout simplement pour continuer à célébrer les offices ! L’église doit rester vivante pendant les travaux. C’est donc en 1485 sous la direction de Michel Gohier, architecte visionnaire, que débutent les travaux du portail, de la magnifique tour nord et de la base de la tour sud.

Entre 1505 et 1515, arrive le grand moment ! C’est Roulland le Roux qui prend les commandes du chantier. Et quel architecte ! Cet homme de génie venu de Rouen a déjà signé le portail principal de la cathédrale de Rouen et le bureau des finances de la même ville. Un véritable maître de l’art gothique flamboyant ! Sous sa direction s’élève la nouvelle nef avec ses bas-côtés élégants et ses chapelles latérales. Regardez ces magnifiques grandes arches, ces voûtes élancées ! Et surtout ce triforium éblouissant, cette galerie sculptée au-dessus des arcades ! C’est la patte du maître rouennais, cette sophistication qui rivalise avec les plus belles églises de Normandie.

Parlons aussi de cette magnifique tour nord qui s’élance d’une seule traite vers le ciel, ce n’est pas qu’un symbole religieux, c’est le cœur battant de la cité ! Il a une double fonction, religieuse et civile. Côté religieux pour les offices, baptêmes, mariages, enterrements, toutes les grandes étapes de la vie ponctuées par ses cloches. Côté civil, car c’est l’horloge de la ville ! À une époque où les montres n’existaient pas, seules les cloches rythmaient la journée.

Et puis, c’est aussi le système d’alerte de l’époque : invasion, incendie, danger ? Le tocsin sonne et tout le monde sait qu’il faut se rassembler, se protéger ! Mais écoutez bien cette tradition unique : chaque soir à 22 heures, les cloches sonnent encore aujourd’hui ! C’est le couvre-feu d’antan. « Bonnes gens, rentrez chez vous, les portes de la ville vont fermer ! » Et surtout, couvrez vos feux ! Car, voyez-vous, toutes ces maisons en bois, serrées dans les ruelles étroites… un incendie serait catastrophique ! Ce clocher, c’est la vie même de Pont-Audemer !

Aussi, regardez bien vers le haut les plafonds de l’église… vous ne trouvez pas que quelque chose cloche ? Ces grandes voûtes majestueuses, ce triforium sophistiqué, et puis… ces petites lucarnes tout en haut qui semblent si modestes. Il y a comme une rupture de style, non ?

Hélas, en 1524, nouveau drame ! Cette fois, ce ne sont ni les guerres ni les épidémies, mais les difficultés financières qui stoppent brutalement les travaux. La nef magnifique de Roulland le Roux n’a pas encore atteint la hauteur projetée. Que faire ? On prend une décision de compromis, que l’on croit provisoire : couvrir cette nef inachevée d’une voûte en bois et la raccorder tant bien que mal à l’ancien chœur roman. « Ce n’est que temporaire ! », se dit-on. « Nous reprendrons bientôt les travaux pour achever notre chef-d’œuvre ! »

Le « provisoire » qui dure… Mais voilà le drame : ce provisoire va devenir définitif ! Les travaux ne reprendront jamais. Notre église Saint-Ouen restera à jamais inachevée, témoignage poignant des grands rêves brisés par les réalités économiques. Résultat ? Au lieu des magnifiques et hautes baies gothiques prévues par Roulland le Roux, nous avons ces petites fenêtres modestes. Au lieu d’une superbe voûte de pierre qui aurait rivalisé avec les cathédrales, nous gardons cette voûte en bois. L’ancien chœur roman côtoie la nef gothique, créant ce mélange architectural si particulier qui fait tout le charme de notre église. Et si vous regardez bien derrière vous, vers l’entrée, vous verrez les preuves de ces projets avortés : des arcs qui partent dans le vide, jamais terminés ! Dehors aussi, vous trouverez ces arcs qui ne mènent nulle part, témoins silencieux de ce grand chœur ou de ce transept qui ne verra jamais le jour.

Mais notre église a quand même ses merveilles ! Ses vitraux du XVIe siècle sont exceptionnels. Et savez-vous pourquoi ils sont si bien conservés ? En 1939, pressentant les événements tragiques à venir, on a eu la sagesse de les déposer. Ils ont ainsi échappé aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale et ont été remis en place après 1945.

Dans le chœur et autour de l’Orgue au-dessus de l’entrée, vous découvrirez aussi des vitraux contemporains créés en 1952 par le maître verrier Max Ingrand pour combler les manques. Un bel exemple de patrimoine qui continue à vivre !

Pont-Audemer n’a pas échappé à la dernière guerre de 39-45 : ponts détruits, habitations bombardées, reconstruction nécessaire… Et regardez attentivement le clocher : ces impacts de balles que vous y verrez, ce sont probablement des échanges musclés entre les Allemands cachés dans les hauteurs de l’église et leurs ennemis en bas dans la rue. Lors de la restauration de 2015-2019, qui n’a concerné que les façades et toitures, ces impacts ont été préservés. Ils font partie de notre histoire, de nos cicatrices, de notre mémoire.

Et pour finir sur une note joyeuse : savez-vous que Pont-Audemer partage avec Strasbourg un privilège unique en France ? Nous sommes les deux seules villes où résonne encore chaque soir, à 22 heures, ce carillon du couvre-feu ! Plus de fortifications, plus de risque d’incendie généralisé, mais la tradition demeure. Pourquoi ces deux villes seulement ? Mystère ! Mais nous en sommes fiers !

Voilà donc un peu l’histoire de notre église Saint-Ouen : un concentré d’histoire de France, des Romains à nos jours, avec ses grandeurs et ses épreuves, ses projets grandioses et ses humbles accommodements. Une église qui raconte, pierre après pierre, l’âme de Pont-Audemer.

Avancez-vous à gauche et levez les yeux vers ce petit balcon Renaissance qui semble suspendu dans les airs. Voyez-vous cette élégante balustrade sculptée ? Derrière cette petite porte discrète au rez-de-chaussée se cache un escalier qui menait autrefois vers l’un des secrets les mieux gardés de l’église : la salle du trésor.

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Salle du trésor en haut à l’étage

Imaginez-vous à l’époque où cette église battait au rythme de la vie quotidienne. Il n’existait pas encore de sacristie comme nous les connaissons aujourd’hui. Alors, dans cette pièce mystérieuse perchée là-haut, on conservait précieusement tous les objets sacrés : les vêtements liturgiques brodés d’or, les calices ciselés, les reliquaires, et même l’argent des quêtes et les généreux dons des fidèles. Mais ce n’est pas tout ! L’Église tenait alors le rôle que joue aujourd’hui notre état civil. Tous les registres de baptêmes, de mariages et de sépultures étaient soigneusement rangés dans cette salle secrète.

Regardez attentivement la surface de ce balcon. Vous distinguez ces entailles, ces marques d’usure ? Elles racontent une histoire fascinante. Car, voyez-vous, pour hisser toutes ces lourdes caisses remplies de trésors, on utilisait des cordes qui passaient par-dessus la balustrade. Au fil des siècles, ces cordes ont littéralement creusé la pierre, témoignant de l’intense activité qui régnait ici. Hélas, ce trésor a depuis longtemps disparu, mais ces traces demeurent comme les cicatrices d’un passé révolu.

Admirez maintenant ces magnifiques ornements Renaissance qui parent le balcon. Ils sont taillés dans cette pierre de Caen si particulière, d’un blanc éclatant grâce à sa richesse en calcaire. Cette pierre était le matériau de prédilection des sculpteurs de l’époque, car elle se laisse ciseler avec une précision extraordinaire, permettant de créer ces dentelles de pierre que vous voyez.

Mais l’histoire de cette église, c’est aussi celle d’un mariage entre deux pierres. Observez bien : en bas, les fondations et les bases des colonnes sont construites avec une pierre grise, robuste et solide. C’est la pierre de Vernon, extraite localement. Regardez cette démarcation nette entre le gris du bas et le blanc du haut ! Cette pierre de Vernon avait un petit défaut : elle contenait parfois des inclusions de silex noir. Parfait pour une structure, mais imaginez un sculpteur tentant de tailler une statue et tombant sur ces nodules noirs inattendus ! C’est pourquoi, pour toute la partie décorative, on préférait la pierre de Caen, pure et homogène.

Ici, nous assistons à un dialogue architectural fascinant. L’art flamboyant gothique côtoie des éléments plus classiques, presque romains, avec ces motifs d’étoiles. Et voyez cette représentation de la Vierge ! En dessous, cette décoration en grisaille et jaunes d’argent nous transporte presque dans l’intimité d’un manoir ou d’un château : c’est un art moins exclusivement religieux, plus proche de la vie quotidienne de l’époque.

Maintenant, promenez-vous le long de ces chapelles latérales et cherchez ces petites niches sculptées qu’on appelle des piscines. À l’époque, chaque chapelle avait son propre autel, et lors des messes, le prêtre devait se laver les mains. Ces délicates piscines lui permettaient de se purifier rituellement. Chacune est unique, ciselée avec une finesse qui force l’admiration.

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Sculptures Renaissance visibles sur tout le côté gauche des entrées d’hôtels

Et voici une autre chose architecturale qui peut paraitre étrange ! Regardez ces petites sculptures Renaissance qui ornent tout le côté gauche à l’entrée de toutes les chapelles coté gauche. Pourquoi ne trouve-t-on ces détails que d’un seul côté ? C’est le témoignage d’un projet grandiose qui ne vit jamais le jour. L’ambition était de fermer chaque chapelle, probablement par des grilles de fer forgé ou des cloisons de bois sculpté. Ces ornements marquaient le début de ce gros projet. Mais comme souvent dans l’histoire des grandes constructions, l’argent vint à manquer. Les travaux s’arrêtèrent net, laissant cette dissymétrie qui nous intrigue encore aujourd’hui. Un côté gauche nous raconte l’ambition, l’autre, le côté droit, resté vide, raconte le pragmatisme de la réalité.

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La verrière des saints Mathurin, Sébastien, Jacques et Jean-Baptiste ( 1475, vers 1530 et 1551), baie 17 de l’église Saint-Ouen de Pont Audemer.


Dirigeons-nous ensemble vers la verrière des saints Mathurin, Sébastien, Jacques et Jean-Baptiste, la baie 17 de l’église Saint Ouen de Pont Audemer. Elle se trouve dans la première chapelle coté gauche. Vous la distinguerez facilement grâce à ces quatre médaillons ronds visibles en partie basse du vitrail.


Cette verrière, qui s’élève majestueusement sur 5 mètres de hauteur, nous raconte une histoire vieille de plus de 500 ans. En 1475, quand les artisans verriers achevaient ce chef-d’œuvre, la France était encore au Moyen Âge. Cette verrière fait partie des deux plus anciennes de l’église, survivante d’une époque où chaque couleur était un trésor et chaque détail avait sa signification. Ce vitrail a vécu plusieurs vies : d’abord créé en 1475, il a été déplacé lors de l’agrandissement de l’église entre 1515 et 1535, puis restauré une première fois en 1551. Au XIXe siècle, en 1892, le maître verrier Duhamel-Marette lui a redonné son éclat.

Vous pouvez découvrir sur ce vitrail les Quatre Saints Protecteurs, de gauche à droite. À gauche, découvrez Saint-Mathurin, le Guérisseur d’Âmes, un évêque du IIIe siècle aux pouvoirs extraordinaires. L’empereur romain lui-même avait fait appel à lui pour guérir sa fille Théodora, qui souffrait de troubles de l’esprit. Regardez attentivement : vous apercevrez la petite silhouette de Théodora agenouillée aux pieds du saint, et si vous observez bien, vous distinguerez même le démon vert qui s’échappe de sa bouche sous forme d’étoile ! À l’époque, on invoquait Saint-Mathurin pour apaiser les « femmes nerveuses » ou considérées comme folles, ou possédées.

Juste à côté se dresse Saint-Sébastien, le protecteur contre les Fléaux, l’un des Quatorze Saints Auxiliaires. Son histoire est saisissante : martyrisé par les flèches, il est devenu le protecteur contre la peste. Pourquoi ? Les anciens pensaient que, comme les flèches qui volent rapidement, la maladie se propage à la même vitesse. Qui mieux qu’un saint ayant survécu aux flèches pouvait protéger du fléau qui frappe aussi vite ?

La troisième colonne nous présente Saint-Jacques-le-Majeur. Cette section a connu une restauration particulière en 1551, reconnaissable à l’utilisation de la sanguine, cette couleur rouge-brun caractéristique de l’époque. Jacques, frère de l’apôtre Jean, est appelé « Majeur » pour le distinguer de l’Apôtre du même nom, Jacques, fils d’Alphée, dit « le Mineur ».

Enfin, en quatrième colonne, saint Jean-Baptiste, le dernier des prophètes d’Israël, celui qui a annoncé la venue du Christ, et l’a baptisé sur les bords du Jourdain, laissant certains de ses disciples se joindre à lui. Il est en quelque sorte le précurseur du Messie. Sa présence clôt dignement cette galerie de saints protecteurs. 

Cette merveille de vitrail n’existerait pas sans la générosité de quatre notables de Pont-Audemer. En 1475, Guillaume Le Bienvenu (avocat du roi), Pierre Cardonnel (lieutenant du bailli), Guillaume Roussel (descendant d’une famille de mariniers) et Jean Duval, tous trésoriers de l’église, ont financé cette œuvre. Guillaume Le Bienvenu était un personnage influent, possédant le fief de l’Espinai, et sa famille a marqué l’histoire locale pendant des générations.

Levez les yeux vers le tympan, c’est le sommet courbé du vitrail : cette partie supérieure révèle un art décoratif somptueux avec ses guirlandes, ses têtes antiques et ses médaillons. Au centre, un détail surprenant : Saint Quentin sur sa chaise de torture, témoignage de l’art du début du XVIe siècle. La deuxième lancette, où deuxième colonne, présente en fond des motifs verts d’une finesse exceptionnelle, où chaque détail semble ciselé dans la lumière.

Un détail intriguant : les emblèmes du tympan indiquent que les deux figures centrales ont été interverties avant 1853. Qui sait quelle histoire se cache derrière ce changement ? Peut-être une restauration qui a modifié l’ordre originel, ajoutant une couche de mystère à cette œuvre déjà si riche.

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La verrière de l’Apparition du Christ aux Apôtres offerte par le chapelain Jacques Voisin (vers 1530 ; vers 1600 ; vers 1898) ou baie 15 de l’église Saint-Ouen de Pont Audemer.

Passons au vitrail de la chapelle suivante, ici, vous trouverez La verrière de l’Apparition du Christ aux Apôtres offerte par le chapelain Jacques Voisin, la baie 15 de l’église.

Levez les yeux vers cette magnifique verrière, offerte par le chapelain Jacques Voisin. Cette œuvre traverse les siècles, mêlant des éléments créés vers 1530, d’autres vers 1600, et des restaurations de 1898.

Commençons par observer la partie inférieure, où nous découvrons toute une série de médaillons. Dans un somptueux encadrement de pilastres et entablement Renaissance, admirez ces décorations délicates : guirlandes gracieuses, masques mystérieux, griffons majestueux, dauphins bondissants, feuillages raffinés et cartouches portant le monogramme sacré IHS. Cette verrerie géométrique incolore abrite quatre rondels, six médaillons, un monogramme en losange, deux armoiries et une inscription de donation.

Dirigeons notre regard tout en bas à gauche : voyez ces anges qui présentent des armoiries demeurées mystérieuses. Ces blasons sont écartelés en quatre quartiers – au premier et troisième d’argent à cinq ou six vergettes de sable, au deuxième et quatrième d’or à trois tourteaux de gueules. Cette alliance d’or à trois tourteaux de gueules pourrait correspondre au comté de Boulogne, ou à diverses familles nobles, sans que nous puissions résoudre l’énigme. Parmi les hypothèses, celle de Courtenay reste plausible, puisque Jean de Courtenay fut au XIIIe siècle seigneur de Pont-Audemer. Ces armoiries sont ornées d’un heaume cimé, et remarquez l’utilisation subtile d’émaux sur les écus et les vêtements des anges.

Juste au-dessus de ces anges, le médaillon de gauche nous présente saint Ouen, réalisé par Duhamel-Marette vers 1892 en remplacement d’un rondel ancien perdu. Le médaillon vert à côté, à droite, représente saint Jacques le Majeur du XVIIe siècle, serti dans une couronne à ornementation Renaissance. Observez comme le paysage et le saint sont délicatement peints à l’aide d’émaux sur verre blanc, avec ces plombs de casse caractéristiques.

Tournons-nous maintenant vers la partie tout à droite, où nous retrouvons deux alliances sommées d’une couronne de marquis. Là aussi, tout en bas à droite, des anges présentent des armoiries identiques aux précédentes. Nous apercevons également un losange orné du monogramme IHS et des instruments de la Passion. Le médaillon de gauche représente saint Adrien, daté du premier quart du XVIe siècle par le Corpus vitrearum. À côté, à droite, admirez le médaillon de saint Léger, daté vers 1530, distinguable par son unique plomb de casse. Saint Léger, évêque martyr d’Autun qui eut les yeux crevés et la langue coupée, porte en plus de sa crosse trois outils formant un assemblage de deux traverses obliques.

Élevons désormais notre regard vers la partie supérieure. À gauche, contemplez la Vierge à l’Enfant et le donateur agenouillé. Ce donateur, le chapelain Jacques Voisin, reconnaissable à sa tonsure, porte sur son surplis l’aumusse fourrée. Il adresse à la Vierge cette prière émouvante : « MATER DEI MEMENTO MEI », qui signifie « Mère de Dieu souviens-toi de moi ».

À côté, découvrez l’Apparition du Christ aux six apôtres. L’un des apôtres porte une chape damassée qui nous incite à y reconnaître saint Pierre. Un autre, imberbe, n’est autre que saint Jean.

Dans la case tout à droite, voici de nouveau encore six apôtres. Cette scène forme une image globalement symétrique de celle de gauche, mais Jean y est plus volontiers identifié. Tous les apôtres sont tournés vers le Christ, disposition qui représente une grande symbolique catholique de la foi convergent vers le Sauveur.

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La verrière de saint Honoré (baie 13) offerte en 1536 par la confrérie des boulangers pour l’église Saint Ouen de Pont Audemer.

Dirigeons-nous vers la troisième chapelle, et découvrons la  verrière de saint Honoré, la baie 13 de l’église Saint Ouen de Pont Audemer.

Regardez bien cette magnifique verrière qui s’élève devant vous. Elle nous raconte une histoire extraordinaire, celle de saint Honoré, le saint patron des boulangers et pâtissiers. Ce vitrail, offert en 1536 par la confrérie des boulangers de Pont-Audemer, témoigne de l’importance de cette corporation dans notre ville au XVIe siècle.

À l’époque, il y avait tant de boulangers et pâtissiers ici qu’une rue entière leur était dédiée – celle qu’on appelait alors la rue des Pâtissiers-Boulangers, devenue aujourd’hui la rue Paul Clémencin, du nom d’un résistant. Ces artisans avaient leur spécialité locale : le fameux Mirliton de Pont-Audemer, dont la recette remonte au Moyen Âge, un peu différente de celle d’aujourd’hui puisqu’elle ne contenait pas de chocolat, denrée inconnue à l’époque.

Cette verrière se distingue des vitraux du XIIIe siècle par sa lisibilité. Là où les anciens vitraux multipliaient les petits panneaux de 50 centimètres sur 50 pour raconter une histoire complète, ici, on utilise seulement trois ou quatre grandes scènes. C’est plus facile à lire, peut-être parce que les gens commençaient à savoir lire davantage. Et puis, voyez comme l’artiste a utilisé beaucoup de verre blanc et de jaune d’argent : au XVIe siècle, on avait soif de lumière dans les églises !

L’histoire commence en bas à gauche avec le jeune Honoré à l’école. Voyez-le debout devant son maître qui tient une férule – non pas pour punir, mais comme symbole de son autorité. Autour d’eux, d’autres élèves écoutent la leçon. Mais regardez bien au-dessus coté gauche de la tête d’Honoré : une colombe entouré d’or, symbole du Saint-Esprit, vole vers lui. C’est le signe de sa vocation divine qui se révèle dès l’enfance. 

Passons maintenant à la scène en bas à gauche, la plus extraordinaire : le miracle du fourgon fleuri. Mais d’abord, il faut comprendre ce qu’est un fourgon – c’est cette longue barre métallique que les boulangers utilisent pour remuer les braises du four. L’histoire raconte qu’un jour, Honoré annonce à sa mère qu’il veut devenir prêtre. Sa mère, dubitative, lui répond : « Mon fils, si ton fourgon verdit quand tu le ressortiras du four, alors je croirai à ta vocation. »

Et voici le miracle ! Regardez Honoré, torse nu, debout devant son four embrasé d’où s’échappent des flammes jaunâtres. Il retire son fourgon qui, au lieu de sortir noirci du foyer, apparaît tout vert ! Sa mère, derrière la table où sont posés les pains ronds, exprime par ses gestes sa stupéfaction. Tout autour, l’artiste nous a peint un véritable fournil médiéval : le pétrin de chêne, les pelles au long manche appuyées au mur, les étagères où refroidissent les pains cuits. C’est un témoignage précieux sur le métier de boulanger au Moyen Âge.

La troisième scène, en haut à gauche, nous montre la procession du fourgon fleuri. Après le miracle, les habitants organisent une procession solennelle. Voyez cette bannière de saint Honoré, ce boulanger en tenue de ville qui élève le fourgon miraculeux, suivi du clergé avec la croix, les enfants de chœur portant des flambeaux, les chantres et les prêtres en chape. La foule des confrères ferme la marche. Le sol est jonché de tiges de fleurs, car la fête du saint a lieu le 16 mai, en plein printemps.

Enfin, la dernière et quatrième scène, en haut à droite, nous présente le sacre épiscopal. Le pape Vitalien, entouré de cardinaux en brillants costumes, consacre Honoré évêque d’Amiens. C’est l’aboutissement de cette destinée extraordinaire : de simple boulanger inspiré par Dieu, Honoré devient évêque de sa ville.

Au sommet, dans le tympan, saint Honoré apparaît dans ses vêtements pontificaux, tenant sa crosse et un livre ouvert. Autour de lui, d’autres saints protecteurs : sainte Catherine, sainte Barbe, saint Jacques le Majeur, et sainte Austreberthe avec son loup apprivoisé – une sainte locale de la vallée de Seine qui avait condamné un loup à remplacer l’âne qu’il avait dévoré. Cette verrière est donc bien plus qu’une simple décoration : c’est le témoignage de la dévotion d’une corporation et l’illustration d’une légende populaire.

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La verrière du martyre de saint Vincent (vers 1540 et 156 et Max Ingrand 1952) ou baie 11 de l’église de Pont-Audemer.

Dirigeons-nous vers la quatrième chapelle, et découvrons la verrière du martyre de saint Vincent, la baie 11 de l’église de Pont-Audemer.

Regardez bien ce magnifique vitrail, il raconte l’une des histoires les plus dramatiques du christianisme primitif : le martyre de saint Vincent, diacre de Saragosse. Cette verrière, datant d’environ 1540, nous plonge dans l’époque romaine, sous le règne de l’empereur Dioclétien, quand être chrétien était un crime passible de mort.

Notre histoire commence avec Dacien, le gouverneur romain que vous pouvez voir représenté en rouge en haut à gauche. Ce personnage impitoyable va orchestrer l’un des martyrs les plus cruels de l’histoire chrétienne. Dans la case d’à côté, Observez ce personnage rouge qui tient une espèce de râteau ou une faux – c’est l’un des instruments de torture qui servira à écorcher vif le pauvre Vincent. Dacien ne se contente pas d’un seul supplice : il épuise littéralement toute la gamme des tourments que la cruauté des bourreaux avait alors inventés.

Regardez cette scène saisissante : Vincent est attaché à une croix en forme de X, et ses bourreaux déchirent son corps avec ces faux. Mais le saint résiste à tout : l’estrapade, les ongles de fer, le lit métallique hérissé de pointes posé sur la braise, le sel brûlant et la graisse fondue versés dans ses plaies vives. L’histoire raconte qu’on l’enferme même dans un cachot ténébreux dont le sol est recouvert d’une épaisse couche de tessons aigus. Mais miracle ! Soudain l’obscurité du caveau se dissipe, une lumière céleste le remplit, les tessons se changent en fleurs, et dans un air embaumé, le Christ et les anges viennent visiter le martyr. Le geôlier lui-même, ébranlé par ce prodige, se convertit !

Le gouverneur Dacien, exaspéré par sa défaite, tente une autre épreuve. Il fait ramener Vincent à la vie pour le soigner, espérant pouvoir lui infliger de nouveaux tourments. Pendant les soins, les chrétiens accourent en foule : ils baisent les plaies du martyr et se teignent les lèvres de son sang glorieux, recueillant ce sang sur des linges qui deviendront les premières reliques. Mais dès que Vincent est déposé sur le duvet et la laine, il expire paisiblement.

Furieux, Dacien fait jeter le corps aux bêtes sauvages. Voyez ici cette scène extraordinaire : le cadavre de saint Vincent est exposé à un lion et un loup, mais regardez attentivement – un corbeau, « le pourvoyeur d’Élie jadis », monte la garde ! Ce timide oiseau, s’aidant de son bec et de ses ailes, éloigne par sa vaillance l’énorme loup et protège la dépouille du saint.

Mais Dacien n’en a pas fini. Il découvre un matelot fanatique nommé Euphormion qui accepte de couler le cadavre en haute mer. Regardez tout en haut à droite : vous voyez ce bateau ? On coud le corps de Vincent dans un couffin de sparterie et on l’attache à une grosse meule de pierre percée d’un trou au milieu, avec une corde autour du cou. Mais nouveau miracle ! La pierre immergée revient à flot et convie sa charge « dans une blanche écume » jusqu’à la plage, si rapidement qu’elle distance la barque des naufrageurs ébahis. Les peuples sur la grève assistent à cet étonnant spectacle, les sables s’amoncellent d’eux-mêmes sur le corps pour lui donner une sépulture, et les fidèles en pleurs ornent le tertre.

Dans le tympan au sommet en plein centre, admirez cette belle représentation de saint Vincent en gloire : il porte une dalmatique de drap d’or, tient un livre et la palme du martyre, et bénit trois épées retournées, pointes vers le haut. Ces trois épées symbolisent les trois martyrs qu’il a subis, et vous pouvez les retrouver représentées sur un rocher près de lui. Dix anges, la plupart avec des robes blanches touchées de jaune d’argent l’entourent dans sa gloire éternelle.

Mais cette verrière a elle-même une histoire tragique : c’est la plus maltraitée de toute l’église. Pendant des siècles, on a bouché les lacunes avec des fragments d’autres vitraux, notamment des morceaux de la légende de saint Nicolas. Après la Seconde Guerre mondiale, le maître verrier Max Ingrand a été chargé de restaurer la partie basse détruite. On lui a donné toute liberté créatrice, avec seulement deux impératifs : respecter les couleurs du vitrail ancien et la taille des personnages.

C’est ainsi que tout en bas, dans le registre inférieur, Max Ingrand a créé en 1952 cette galerie de saints français : de gauche à droite, vous pouvez voir saint Vincent-de-Paul, sainte Geneviève, Jeanne d’Arc au bûcher, et la charité de saint Martin qui coupe son manteau pour un pauvre misérable. Un témoignage émouvant de la continuité de la foi à travers les siècles, où l’art du XXe siècle dialogue harmonieusement avec celui du XVIe siècle, sans créer le moindre choc visuel.

Cette verrière nous rappelle que même dans les épreuves les plus terribles, la foi peut transformer les tessons en fleurs et faire des martyrs des témoins éternels de lumière.

Imaginez-vous à présent dans cette chapelle particulière, témoin silencieux de l’histoire industrielle de Pont-Audemer. Vous vous souvenez que je vous ai parlé tout à l’heure de la richesse de cette ville, bâtie sur le commerce des tanneries ? Eh bien, vous voici dans ce qui était très probablement leur sanctuaire, la chapelle des tanneurs.

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Chapelle des tanneurs avec leur blason à gauche

Levez les yeux vers le mur de gauche. Là, gravé dans la pierre comme un livre d’histoire ouvert, vous découvrirez le blason de cette corporation si importante pour la ville. Deux couteaux se croisent élégamment, mais ne vous y trompez pas : ces lames racontent une histoire bien particulière. Ces couteaux n’étaient pas des armes, mais les outils précieux des artisans tanneurs, spécialement conçus pour échardonner les peaux – une technique délicate qui consistait à nettoyer minutieusement le cuir de tous ses poils et impuretés.

Cette enseigne, ce blason des tanneurs, c’est toute l’âme d’un métier qui a fait la prospérité de Pont-Audemer pendant des siècles. Chaque trait gravé dans cette pierre nous rappelle que derrière ces murs sacrés, toute une communauté d’artisans venait prier, remercier et demander protection pour leur labeur quotidien.

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La verrière de la vie de saint Nicolas (vers 1556, et Max Ingrand 1952) ou baie 9 de l’église de Pont-Audemer.

Dirigeons-nous à la chapelle suivante, avec la verrière de la vie de saint Nicolas, la baie 9 de l’église.

Cette magnifique verrière nous raconte une histoire fascinante vieille de près de cinq siècles. Imaginez-vous en 1556, quand les maîtres verriers ont créé ce chef-d’œuvre dédié à saint Nicolas, cet évêque qui vivait dans ce qui est aujourd’hui la Turquie.

L’histoire commence par une terrible famine qui frappe la région. Regardez en haut à gauche : voici saint Nicolas, reconnaissable à ses vêtements d’évêque bleu-violet et blanc, qui vient de faire accoster au quai des navires chargés de précieux grains de blé. Ce qui est saisissant, c’est la vie qui émane de cette scène ! Observez attentivement ces personnages en mouvement : ici, un homme verse le contenu d’une jarre dans un sac de blé, dans la colonne d’à côté, un autre en culotte jaune marche tout en jetant un regard par-dessus son épaule, son sac sur le dos. Chaque geste, chaque regard raconte l’urgence de nourrir un peuple affamé.

Et ce bateau en arrière-plan tout à gauche ! Admirez ce petit bijou d’art nautique avec ses mâts, ses cordages, ses voiles parfaitement dessinés. C’est vraiment un petit chef-d’œuvre dans le chef-d’œuvre de par ses détails.

Maintenant, portez votre regard vers la droite. Nous voici dans un tout autre épisode de la vie de saint Nicolas. Cette fois, le saint évêque fait face à un peuple encore païen qui vénère un arbre sacré et une idole dorée devant des temples antiques. Saint Nicolas ne peut tolérer cette idolâtrie. Vous voyez la violence de la scène : des hommes s’acharnent à détruire ces symboles païens, abattant l’arbre sacré sous les ordres du saint.

Mais notre histoire sur ce vitrail ne s’arrête pas là ! Tout en bas, vous découvrez quelque chose d’unique. Quand cette partie du vitrail s’est détériorée au fil des siècles, on a fait appel en 1952 à Max Ingrand, le grand maître verrier moderne. Ne sachant pas exactement ce qui était représenté à l’origine, il a eu l’audace d’innover. Il nous a offert trois personnages qui symbolisent la charité chrétienne : à gauche, saint Louis dans sa royale bonté, au centre, saint François d’Assise dans ce moment enchanteur où il parle avec les oiseaux, et à droite, sainte Catherine secourant un indigent. Ces trois figures incarnent l’esprit du Tiers-Ordre franciscain, cette communauté fondée au XIIIe siècle par François d’Assise pour porter la compassion au-delà des murs des monastères.

Admirez le talent du XVIe siècle dialoguant avec la sensibilité du XXe siècle, pour nous raconter cette belle histoire de foi, de charité et d’art.

Imaginez-vous maintenant devant une magnifique statue de pierre qui se dresse là depuis le XVIᵉ siècle. Cette sculpture polychrome raconte l’histoire fascinante de Saint-Nicolas, l’un des saints les plus vénérés de notre région.

Regardez attentivement cette œuvre d’art : elle immortalise la légende la plus célèbre de Saint-Nicolas, celle qui fait frissonner les enfants depuis des générations. L’histoire raconte qu’un boucher malveillant avait capturé trois petits enfants innocents et s’apprêtait à les découper pour les mettre dans son saloir, comme de vulgaires morceaux de viande. Mais Saint-Nicolas, dans sa grande bonté, est intervenu miraculeusement pour sauver ces trois enfants de ce terrible sort.

Mais ce n’est pas là le seul miracle attribué à ce saint extraordinaire. Saint-Nicolas était aussi le protecteur des jeunes filles en détresse. Une autre légende, tout aussi touchante, nous raconte l’histoire d’un père désespéré, accablé par la pauvreté. Cet homme, ne sachant plus comment subvenir aux besoins de ses trois filles, envisageait de les livrer à la prostitution – seul moyen qu’il voyait pour leur assurer une survie. 

Saint-Nicolas, apprenant cette tragédie, décida d’intervenir discrètement. Il jeta trois bourses remplies d’or par la fenêtre de leur maison, ou selon certaines versions, dans une tour. Cet or servit de dot aux trois jeunes filles, leur permettant de se marier honorablement et d’échapper à ce destin funeste.

Cette statue que vous admirez pourrait bien représenter l’une de ces deux légendes miraculeuses. Les détails sculptés dans la pierre nous laissent deviner quelle histoire l’artisan du XVIᵉ siècle a voulu nous transmettre, témoignage éternel de la foi et de l’espoir de nos ancêtres.

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Fresque noire de 1556 qui représente la passion 

Ici est présent une très ancienne fresque extrêmement noircie au point d’être illisible dont nous ne pourront malheureusement pas vraiment nous attarder. Elle est bien trop dégradée pour apprécier cette scène et ce qu’il s’y passe. Après études, nous savons cependant quelques informations sur cette fresque. Avec pas mal d’imagination et une très bonne vue, vous pourriez y apercevoir les scènes de la passion, le christ au jardin des oliviers, le baiser de Juda, Jésus devant Caïphe, la Flagellation, enfin toute une série jusqu’au crucifiement. Cette fresque daté de 1556  fait environ 20 m².

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Tableau “La transverbération de Sainte-Thérèse d’Avila”

Regardez bien ce magnifique tableau qui orne notre église Saint-Ouen. Il représente Sainte Thérèse d’Avila, et son histoire est tout à fait fascinante. Vous vous demandez peut-être ce qu’une sainte espagnole du XVIe siècle vient faire ici, à Pont-Audemer ? Eh bien, cette œuvre n’est arrivée parmi nous que récemment, il y a seulement quelques années. Tout a commencé quand l’association « Orgues et Pierres » est allée voir l’ancien curé de notre paroisse. Ils cherchaient un projet pour embellir l’église et c’est alors qu’on leur a révélé qu’à la cathédrale d’Évreux se trouvait un tableau qui, en réalité, devait revenir à Pont-Audemer. Mais pourquoi donc ?

L’histoire nous ramène plusieurs siècles en arrière, quand notre ville abritait une communauté de carmélites. Ces religieuses avaient d’abord trouvé refuge ici depuis la Révolution, puis elles avaient migré vers Saint-Germain Village, s’installant dans un château avant de se rapprocher de l’église. Au XIXe siècle, vers 1850-1860, une histoire touchante se déroule : une dame âgée, veuve, mais fortunée, décide de léguer toute sa fortune aux carmélites. Grâce à cette générosité, les sœurs peuvent faire construire un carmel moderne et spacieux à Gravigny, près d’Évreux, où elles s’installent avec enthousiasme.

Mais hélas, le temps fait son œuvre. Dans les années 1850-1860, la petite communauté s’amenuise jusqu’à ne plus compter que trois ou quatre religieuses. L’évêque, face à cette situation, prend la décision difficile de fermer le carmel, estimant que la communauté n’est plus assez nombreuse pour survivre. Les dernières carmélites sont alors dispersées dans d’autres carmels à travers la France.

Mais voici où l’histoire devient particulièrement émouvante : quand vient le moment de fermer définitivement le carmel, les responsables se souviennent qu’il y avait eu autrefois une communauté carmélite à Pont-Audemer. Par respect pour cette mémoire, ils décident de nous léguer ce précieux tableau en souvenir des carmélites qui avaient vécu dans notre ville.

Ce n’était d’ailleurs pas le seul tableau du carmel. D’autres œuvres ont été dispersées : certaines ornent aujourd’hui le musée de la cathédrale d’Évreux, notamment un splendide tableau de Marie-Madeleine, d’autres se trouvent dans de petites églises comme celle de Normanville. Nous, nous avons eu la chance d’hériter de celui-ci.

L’association « Orgues et Pierres » est donc partie chercher ce trésor avec grand plaisir et l’a installé ici, où il témoigne encore aujourd’hui de cette riche période de notre histoire locale.

Mais ce tableau a une autre histoire remarquable : il s’agit d’une œuvre du XVIIIe siècle, peinte par Heinsius, un artiste renommé de l’époque de Louis XV. Ce peintre avait l’insigne honneur d’être le portraitiste des filles du roi. Louis XV avait huit filles, et Heinsius les avait toutes peintes. Ces portraits royaux sont conservés au château de Versailles.

Il y a un lien particulièrement touchant entre ce tableau et l’histoire royale : la dernière des filles de Louis XV, prénommée Louise, avait choisi d’entrer au carmel, embrassant la vie religieuse malgré son rang royal. Voilà pourquoi ce tableau de sainte Thérèse d’Avila, peint par l’artiste des princesses de France, trouve parfaitement sa place ici.

Car il faut savoir qu’autrefois, Pont-Audemer était un véritable centre religieux. Notre ville abritait pas moins de quatre congrégations : les carmélites pour les femmes, les carmes pour les hommes, les Ursulines et les Franciscains. Une richesse spirituelle extraordinaire qui témoignait de la ferveur de l’époque.

Hélas, la Révolution a tout balayé. Ces communautés ont disparu, laissant derrière elles des traces et des mystères que notre église Saint-Ouen continue de préserver. Ce tableau de sainte Thérèse d’Avila en est un témoignage précieux, un lien tangible avec ce passé où la spiritualité occupait une place si importante dans la vie de notre cité normande.

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La verrière de la Rédemption (1556) ou baie 7 de l’église Saint-Ouen de Pont Audemer.

Dirigeons-nous à présent vers la prochaine chapelle, pour y découvrir la verrière de la Rédemption, la baie 7 de l’église Saint-Ouen.

Ce magnifique vitrail nous raconte, en quelques panneaux colorés, toute l’histoire de l’humanité selon la tradition chrétienne. Cette œuvre de 1556, appelée la verrière de la Rédemption, est un véritable livre d’images très riche en histoire.

Tout en haut au sommet, dans cette partie courbe qu’on appelle le tympan, trône Dieu le Père, majestueux sur son siège de marbre, entouré de petits chérubins. Dans ses mains, il tient un glaive et un faisceau de flèches – symboles de sa puissance divine, à la fois créatrice et justicière. Juste en dessous, une colombe blanche dans un fond doré représente le Saint-Esprit, et plus bas encore, le Christ agenouillé sur les instruments de sa Passion. Voilà la Trinité réunie au sommet de ce tableau grandiose.

Mais l’histoire commence véritablement avec quatre grandes périodes que nous découvrons en descendant : « Devant la Loi », « Sous la Loi », « Devant la Grâce » et « Sous la Grâce ». Ces divisions reprennent l’Épître aux Romains de saint Paul, qui explique comment l’humanité est passée du péché originel au salut par le Christ.

Dans la première période, « Devant la Loi », nous voici aux origines du monde. Regardez dans la seconde colonne Adam et Ève, peints en grisaille, tristes et fatigués. Adam, à genoux, s’appuie sur sa bêche, Ève allaite un enfant – ils payent le prix de leur désobéissance par le dur labeur. À côté d’eux, en première colonne, la tragédie continue : voici Abel en rouge, le petit innocent, et son frère Caïn qui s’apprête à commettre le premier meurtre de l’histoire. Mais l’espoir renaît avec Noé, les bras levés vers le ciel sous l’arc-en-ciel de l’alliance divine, et Abraham qui, dans un geste d’une foi absolue, s’apprête à sacrifier son fils Isaac pour obéir à Dieu.

Puis, en troisième colonne, vient la période « Sous la Loi », avec Moïse tenant les fameuses Tables de la Loi qu’il a reçue sur le mont Sinaï. Son visage rayonne encore de sa rencontre avec le Tout-Puissant. À ses côtés, son frère Aaron porte un magnifique vêtement sacerdotal rouge orné de pierres précieuses représentant les douze tribus d’Israël. Autour d’eux en quatrième colonne  s’animent tous les héros de l’Ancien Testament : David avec sa harpe, Salomon et son sceau mystérieux, le puissant Samson près de son lion et des colonnes qu’il fit s’écrouler, Isaïe aux lèvres purifiées par le feu divin qu’un ange lui applique avec une pince.

L’histoire bascule alors avec l’arrivée du Christ. Dans la case centrale, juste à côté de l’inscription “sous la loi”, il apparaît à genoux, couronné d’épines, tenant un goupillon pour « arroser les nations » comme l’annonce le prophète Isaïe. À ses pieds gisent tous les instruments de sa Passion : la croix avec son inscription INRI, les trente deniers de Judas, la colonne de flagellation, le vase de vinaigre. Il se redresse vers la colombe du Saint-Esprit, incarnant parfaitement le passage de la souffrance à la rédemption.

Nous entrons maintenant dans l’ère « Sous la Grâce », celle de l’Église chrétienne. Les apôtres sont tous là : saint Pierre avec ses clés, saint Paul et son épée, saint Jean-Baptiste désignant l’Agneau de Dieu, saint André avec sa croix en X. Et au centre de tous, une figure surprenante : une femme au grand manteau bleu portant une tiare. Ce n’est pas la Vierge Marie comme on pourrait le croire, mais probablement l’allégorie de l’Église elle-même ! Car ce vitrail date de 1515, en pleine période de troubles religieux, cela proclame haut et fort que « hors de l’Église, point de salut ».

Regardez bien en bas à droite : voici saint Nicolas, reconnaissable à sa mitre d’évêque et à son bâton, avec les trois petits enfants qu’il a ressuscités sortant de leur tonneau. Personne ne sait qui a offert ce vitrail à l’église, mais saint Nicolas était probablement le saint patron du généreux donateur.

Et justement, dans le coin à droite, tout en bas, nous découvrons ce mystérieux bienfaiteur avec sa famille. Contrairement aux autres donateurs richement vêtus que l’on voit ailleurs dans l’église, cet homme agenouillé est pieds nus, pauvrement habillé, et une chaîne pend de ses poignets. Un détail troublant qui nous laisse imaginer son histoire…

Ce vitrail exceptionnel nous raconte donc en quelques mètres carrés toute l’épopée humaine selon la foi chrétienne : de la chute d’Adam à la rédemption par le Christ, en passant par l’alliance avec Moïse et l’avènement de l’Église. Un véritable catéchisme de verre et de lumière qui, depuis près de cinq siècles, continue d’éblouir et d’instruire les visiteurs de l’église Saint Ouen de Pont Audemer.

Nous voici arrivés au fond de cette magnifique église Saint-Ouen, et regardez bien autour de vous… Vous vous trouvez dans une partie très ancienne du bâtiment, construite selon une technique architecturale fascinante qu’on appelle le « cul-de-four ». Ce nom pittoresque vient de sa forme si particulière : imaginez une demi-coupole, comme si on avait coupé une sphère en quatre et qu’on en avait gardé un quartier. Cette voûte arrondie ressemble étonnamment à nos anciens fours à pain, d’où son nom !

Cette architecture nous transporte directement aux XIe, XIIe et XIVe siècles, une époque où les bâtisseurs privilégiaient ces formes courbes et intimes. Mais l’histoire de cette église ne s’arrête pas là… Au XVIe siècle, un grand changement s’est opéré. Les fidèles et les architectes de l’époque ont eu une vision nouvelle : ils voulaient plus de lumière, plus d’espace, plus de grandeur ! C’était l’époque du gothique flamboyant.

Alors, imaginez un peu la transformation… Ils ont pris la décision audacieuse de démolir ces anciennes chapelles aux voûtes arrondies. À leur place, ils ont érigé ces grands murs plats que vous voyez, spécialement conçus pour accueillir ces magnifiques verrières qui inondent maintenant l’église de lumière colorée. 

Mais voici le mystère qui plane encore aujourd’hui : nous ne savons pas exactement ce que contenaient ces anciennes chapelles disparues. Quels trésors, quelles œuvres d’art, quels témoignages de foi ont été perdus lors de cette transformation ? C’est l’un des secrets que cette vénérable église Saint-Ouen garde encore précieusement…

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 Vierge à la licorne entourée d’anges, baie 5, de Max Ingrand

Nous en avons fini avec les vitraux des chapelles coté gauche, découvrons maintenant une série de vitraux qui sont entièrement de Max Ingrand. Le prochain vitrail à découvrir juste un peu après à gauche est La Vierge à la licorne entourée d’anges, c’est la baie 5 de l’église.

Cette superbe verrière qui illumine le chœur de l’église Saint-Ouen. Ce que vous admirez là, est réalisée entre 1950 et 1952 pour remplacer des vitraux détruits par le temps. Ingrand, qui comptait parmi les plus grands artistes verriers de son époque, a choisi de représenter ici une scène d’une poésie extraordinaire : la Vierge Marie accompagnée d’une licorne, entourée d’anges aux ailes délicatement colorées.

Mais pourquoi donc une licorne aux côtés de la Vierge ? Cette créature fantastique, avec sa corne unique spiralée au centre du front, n’est pas là par hasard. Au Moyen Âge, époque où cette symbolique chrétienne s’est développée, la licorne était considérée comme l’incarnation même de la pureté et de la grâce divine. Dans l’imaginaire médiéval, cet animal fabuleux ne pouvait être approché que par une vierge pure – d’où cette association naturelle avec Marie, symbole de virginité et de pureté dans la tradition chrétienne.

Ce qui est fascinant, c’est que nos ancêtres du Moyen Âge croyaient dur comme fer à l’existence de ces créatures ! Pour eux, les licornes peuplaient vraiment les forêts lointaines, mais elles étaient si rares et si farouches qu’il était quasi impossible de les voir ou les capturer. Selon les bestiaires de l’époque – ces livres d’animaux merveilleux –, seule une jeune fille vierge pouvait attirer une licorne. La bête viendrait alors poser sa tête sur ses genoux, devenant soudain docile et vulnérable.

Cette légende a nourri tout un symbolisme chrétien : la licorne représentait le Christ, qui ne pouvait s’incarner que par l’intermédiaire de Marie, vierge pure. La chasse à la licorne évoquait ainsi la Passion du Christ, capturé et sacrifié pour le salut de l’humanité. Regardez comme Max Ingrand a su traduire cette symbolique complexe en couleurs et en lumière : les tons bleus et dorés qui nimbent la Vierge, la coloration délicate de la licorne, et tout autour, ces anges aux visages sereins qui semblent protéger cette rencontre sacrée.

L’artiste a su allier la tradition médiévale à l’art moderne du XXe siècle. Ses vitraux, d’une facture contemporaine, dialoguent harmonieusement avec les verrières Renaissance qui orne les autres chapelles de cette église. Car Saint-Ouen possède l’une des plus riches collections de vitraux du nord de la France, mélange unique d’époques et de styles qui racontent près de cinq siècles d’art verrier.

Dans cette baie numéro 5, Ingrand nous invite à méditer sur ces symboles millénaires qui ont traversé les siècles. La licorne, être de légende devenu symbole chrétien, continue de fasciner par son mystère et sa beauté, témoignant de cette capacité extraordinaire de l’art sacré à transformer le merveilleux en message spirituel.

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La présentation de Jésus au temple, baie 3, de Max Ingrand

Le vitrail suivant, juste à côté à droite, est la présentation de Jésus au temple, la baie 3 de l’église. Max Ingrand a su capturer dans le verre et la lumière l’une des scènes les plus touchantes des Évangiles. Nous sommes ici face à la représentation de la Présentation de Jésus au Temple, un épisode qui se déroule quarante jours après la naissance du Christ.

Laissez-moi vous transporter dans cette scène biblique… Voici Marie et Joseph qui gravissent les marches du Temple de Jérusalem, portant dans leurs bras leur nouveau-né. Ils viennent accomplir un rite ancestral prescrit par la loi juive : tout premier-né mâle doit être consacré au Seigneur. Joseph, que vous apercevez dans cette composition lumineuse, tient délicatement dans ses mains deux colombes blanches – l’offrande humble des familles modestes, car ils n’avaient pas les moyens d’offrir un agneau.

Mais ce qui rend cette scène particulièrement émouvante, ce sont les deux personnages qui les attendent dans le Temple. À gauche, observez ce vieil homme au regard empli d’une joie profonde : c’est Siméon, un homme d’une piété extraordinaire qui passait ses journées dans l’enceinte sacrée. Des années durant, il avait adressé à Dieu une prière fervente : « Seigneur, ne me laissez pas mourir avant d’avoir vu de mes yeux le Messie que vous avez promis. » 

Et voici qu’aujourd’hui, son vœu le plus cher se réalise ! Quand ses yeux se posent sur l’enfant Jésus, Siméon reconnaît immédiatement en lui le Sauveur tant attendu. L’Esprit Saint lui révèle que ce petit être fragile est celui qui apportera la lumière aux nations. C’est pourquoi cette fête porte aussi le nom de « Fête des Lumières » ou « Chandeleur » — nous la célébrons encore aujourd’hui le 2 février.

À droite de la composition, Max Ingrand a représenté Anne, une prophétesse âgée qui, elle aussi, servait Dieu dans le Temple jour et nuit par ses jeûnes et ses prières. Comme Siméon, elle attendait la consolation d’Israël, et voilà que ses espoirs se concrétisent sous ses yeux.

Dans ce vitrail, Ingrand a magistralement saisi l’instant où l’attente se transforme en accomplissement, où la foi trouve sa récompense. Siméon peut enfin dire, comme le rapporte l’Évangile de Luc : « Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut. » C’est un moment de sérénité absolue, de plénitude spirituelle, magnifiquement traduit par les jeux de lumière et les couleurs choisies par l’artiste.

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La nativité, baie 1, de Max Ingrand

Dirigeons-nous maintenant vers le chœur, tout au fond de l’église. Vous y apercevez trois vitraux de Max Ingrand, analysons celui de gauche, c’est La nativité, la baie 1. Cette baie nous raconte l’histoire la plus célèbre du christianisme : la Nativité.

Imaginez-vous transportés il y a plus de deux mille ans, dans la petite ville de Bethléem, en Judée. C’est là, dans l’humble décor d’une étable, que naît celui qui changera le cours de l’histoire humaine : Jésus de Nazareth. Max Ingrand a capturé dans ce vitrail toute la magie de cette nuit extraordinaire, celle qui marque le début de notre ère chrétienne et que nous célébrons encore aujourd’hui le 25 décembre.

Mais regardez attentivement les nuances de bleu, de rouge et d’or qui dansent devant vous. L’artiste ne nous offre pas seulement une scène biblique figée dans le temps. À travers son art, il nous transmet un message profond d’espoir et de présence divine. Car, voyez-vous, la Nativité nous murmure cette vérité réconfortante : Dieu est présent dans tous les moments de notre existence, même dans ceux où nous nous sentons les plus abandonnés, les plus seuls.

Cette humble étable de Bethléem devient alors le symbole de tous ces lieux où nous pensons que le divin ne peut nous atteindre. Pourtant, c’est précisément là, dans la simplicité et le dénuement, que la lumière divine choisit de se manifester. Ingrand l’a compris, et ses verres translucides nous invitent à regarder notre époque avec plus de sérénité et d’espérance.

Le message qui traverse ces couleurs éclatantes nous interpelle directement : de même que Dieu est venu parmi nous pour nous sauver, nous aussi, nous ne pouvons trouver le salut qu’en marchant ensemble, qu’en apprenant à prendre soin les uns des autres. Chacun de nous est appelé à devenir cette « mangeoire » spirituelle où nos semblables peuvent se nourrir – non pas de paille et de foin, mais du pain de l’amitié, de l’amour, de la miséricorde et de l’espérance.

Cette verrière nous rappelle que nous, chrétiens d’aujourd’hui, sommes les héritiers de cette lumière née à Bethléem. Nous sommes invités à porter cette espérance au cœur de notre humanité si souvent désorientée et solitaire, à devenir les sentinelles d’un nouveau matin, afin que les ténèbres de notre temps soient dissipées par cette Lumière éternelle qui émane du Christ.

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la Scène de crucifixion du christ, baie 0, de Max Ingrand

Regardez maintenant le vitrail central, juste à côté, il représente la Scène de crucifixion du christ, la baie 0 de l’église.

Parlons un peu plus de Max Ingrand, pour que vous compreniez bien son histoire et ce qu’il a amené à sa vocation. Né en 1908 à Bressuire, il a grandi à Chartres où les magnifiques verrières de la cathédrale ont éveillé sa vocation dès l’enfance. Les innombrables visites de ce chartrain né en 1908 auront une influence considérable sur la carrière qu’il épousera. Après ses études à l’École nationale des arts décoratifs et son apprentissage chez le maître Jacques Gruber, sa carrière prometteuse est brutalement interrompue en 1939.

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Photo de Max Ingrand (maître-verrier et décorateur français, l’un des plus réputés de l’après-guerre avec Pierre Lardin et Robert Pansart)

Mobilisé en 1939, il reste cinq ans prisonnier dans les camps allemands. C’est là, dans cette épreuve terrible, qu’il rencontre Jean Gutton, et que naît entre eux une amitié profonde forgée dans l’adversité. Pour survivre moralement à ces années de captivité, les deux hommes montent un petit théâtre clandestin. Max Ingrand dessine sans relâche, couvrant des carnets entiers de croquis et d’aquarelles. Parmi ses sujets de prédilection : les scènes de crucifixion.

Ces dessins ne sont pas de simples exercices artistiques. Dans la solitude et la souffrance du camp, l’artiste associe sa propre douleur à celle du Christ en croix. Cette communion spirituelle dans l’épreuve donnera naissance, quelques années plus tard, à cette œuvre saisissante que vous contemplez aujourd’hui.

Regardez attentivement ce vitrail de la baie 0, qui fait partie du cycle marial et christique créé par Ingrand pour remplacer des œuvres du XIXe siècle détruites pendant la guerre. Ce qui frappe immédiatement, c’est cette croix inclinée, si différente des représentations traditionnelles. Contrairement aux crucifixions classiques où la croix se dresse parfaitement droite vers le ciel, ici, elle se penche, comme ployant sous le poids de la souffrance. Cette croix inclinée semble se pencher vers l’autel, créant un lien intime entre le sacrifice du Christ et le lieu de célébration eucharistique.

Le rouge qui domine cette composition n’est pas un rouge glorieux, mais un rouge violent, dramatique, qui exprime toute la brutalité de la Passion. Cette couleur sang envahit l’espace, créant une atmosphère d’une intensité saisissante. 

Et puis, dispersés dans cette composition tourmentée, vous pouvez distinguer les symboles des instruments de la Passion – ces « sacrés mots » comme les appelaient les fidèles d’autrefois : les clous, la lance, l’éponge imbibée de vinaigre, tous ces objets qui racontent le récit douloureux du Calvaire.

Cette œuvre témoigne de la renaissance artistique de Max Ingrand après la guerre. Après la Seconde Guerre mondiale, Max Ingrand replace les verrières anciennes mises à l’abri en 1939 et crée de nouvelles œuvres pour remplacer celles qui ont été détruites. Ce vitrail de la crucifixion porte en lui toute l’expérience de l’artiste : sa formation exceptionnelle, sa captivité, sa méditation sur la souffrance et sa foi en la rédemption par l’art.

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 L’Ascension, baie 2, de Max ingrand

Admirez maintenant le vitrail suivant, à droite, c’est la représentation de l’Ascension, la baie 2.

L’Ascension, célébrée quarante jours après Pâques, marque un instant extraordinaire : la dernière rencontre de Jésus ressuscité avec ses disciples avant son élévation vers les cieux. C’est un moment charnière qui annonce non seulement la venue du Saint-Esprit dix jours plus tard lors de la Pentecôte, mais aussi la naissance de l’Église chrétienne. Pour les fidèles, cette ascension préfigure leur propre espoir de vie éternelle.

Max Ingrand, ce génie de l’art verrier du XXe siècle, a choisi de saisir cet instant avec une audace artistique remarquable. Regardez attentivement : les apôtres sont représentés dans un état de stupéfaction totale, leurs visages levés vers le ciel, éblouis par la lumière divine. Leurs expressions traduisent un mélange de crainte révérencielle et d’émerveillement face au prodige qui se déroule sous leurs yeux.

Mais voici le trait de génie d’Ingrand : Jésus a déjà commencé son ascension vers les cieux et seuls ses pieds sont encore visibles dans la partie supérieure du vitrail. Cette vision partielle, loin d’être une frustration, devient une invitation à l’imagination et à la foi. C’est comme si l’artiste nous disait : « Le divin échappe déjà à notre regard terrestre, mais la trace de sa présence demeure. »

Cette composition audacieuse nous transforme nous, spectateurs, en témoins de la scène. Nous partageons l’étonnement des apôtres, nous levons, nous aussi, les yeux, cherchant à saisir les derniers instants de cette présence divine qui s’élève vers l’infini.

L’utilisation de la lumière par Ingrand, maître incontesté de cet art, donne vie aux couleurs et fait danser les reflets sur les visages des disciples, créant une atmosphère mystique qui transcende les siècles et nous transporte au cœur de cet événement fondateur du christianisme.

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La Pentecôte, baie 4, de Max Ingrand

Avançons maintenant un peu plus loin à droite, le prochain vitrail correspond à la Pentecôte, la baie 4.

Pour comprendre cette scène mystique qui s’épanouit devant nous dans ces nuances de rouge, d’or et de bleu, nous devons d’abord remonter le temps, bien avant la naissance du Christ. Car cette histoire trouve ses racines dans une très ancienne tradition juive, la fête de Chavouot, célébrée exactement cinquante jours après la Pâque juive, Pessah. À l’origine, cette fête commémorait un moment fondateur : le don de la Torah à Moïse sur le mont Sinaï, scellant ainsi l’Alliance sacrée entre Dieu et son peuple élu.

Maintenant, transportons-nous à Jérusalem, quelque deux mille ans en arrière. Jésus vient de ressusciter, il a passé quarante jours avec ses disciples, puis il est monté aux cieux lors de l’Ascension. Mais avant de les quitter, il leur a fait une promesse extraordinaire : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors, vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Dix jours s’écoulent. Les apôtres, avec Marie, se retrouvent dans le Cénacle – cette même chambre haute où avait eu lieu la dernière Cène – pour célébrer la traditionnelle fête de Chavouot. Ils sont là, probablement inquiets, peut-être un peu perdus depuis le départ de leur maître. Et soudain…

Regardez attentivement le vitrail : Max Ingrand a su capturer ce moment d’une intensité saisissante. « Un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent » — vous pouvez presque l’entendre résonner dans ces formes ondulantes du verre. « La maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. » Puis apparaît le prodige : des langues de feu, représentées ici par ces flammes dorées qui dansent au-dessus de chaque personnage, « se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. »

Et là, miracle ! « Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. » Imaginez ces hommes simples, ces pêcheurs de Galilée, qui soudain peuvent s’exprimer dans toutes les langues du monde connu ! Fini l’araméen de leur région natale – ils peuvent désormais porter la Bonne Nouvelle aux quatre coins de la terre.

Ce que nous contemplons dans ce vitrail, c’est bien plus qu’une scène biblique. C’est l’accomplissement d’une double promesse : celle que Jésus avait faite à ses disciples, mais aussi celle, bien plus ancienne, du salut universel. En envoyant l’Esprit de son Fils, Dieu manifeste une Alliance nouvelle avec l’humanité tout entière, comme l’avaient prophétisé Jérémie et Ézéchiel dans l’Ancien Testament.

Les conséquences de cet événement sont immédiates et spectaculaires. Pierre, transformé par cet Esprit – lui qui avait renié Jésus quelques semaines plus tôt – sort du Cénacle et prononce un discours si puissant que plus de trois mille personnes demandent aussitôt le baptême. C’est la naissance de l’Église, le début des premières communautés chrétiennes.

Max Ingrand, avec son génie artistique, a réussi à traduire dans le langage de la lumière et du verre cette transformation radicale. Chaque personnage du vitrail rayonne de cette force nouvelle, chaque couleur évoque cette effusion divine qui change à jamais le cours de l’histoire.

La Pentecôte, c’est donc bien plus qu’une fête : c’est le moment où l’Église prend son envol, où naît le sacrement de confirmation – ce moment où chaque baptisé renouvelle sa foi et devient, à son tour, témoin du Christ. Et chaque fois que la lumière de Pont-Audemer traverse ce vitrail de Max Ingrand, elle ravive cette flamme originelle, nous rappelant que cette force transformatrice de l’Esprit Saint continue d’agir aujourd’hui encore.

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La verrière de saint Pierre, saint Yves et sainte Barbe (milieu du XVe siècle), baie 6 de l’église Saint-Ouen de  Pont-Audemer.

Juste à côté à droite du vitrail de la Pentecôte, vous pouvez voir la verrière de saint Pierre, saint Yves et sainte Barbe la baie 6 de l’église Saint-Ouen.

Imaginez-vous en 1845, lorsque des restaurateurs, animés par l’esprit de leur époque, décident de supprimer entièrement le soubassement d’origine. Avec lui disparaissent à jamais les portraits des généreux donateurs qui avaient financé ce vitrail, ainsi que les inscriptions qui révélaient leur identité. Un siècle plus tard, en 1945, le maître verrier Max Ingrand entreprend de réparer cette perte en créant une nouvelle scène au bas du vitrail : une Vierge couronnée qui allaite tendrement l’Enfant Jésus, encadrée par deux anges bienveillants.

Au cœur de cette verrière, trois saints se dressent majestueusement dans leurs niches architecturées, comme s’ils se tenaient sous de véritables portiques de cathédrale. Derrière eux, remarquez ces somptueux draps d’honneur damassés qui témoignent du raffinement de l’époque. De gauche à droite, vous découvrez saint Pierre, le premier des apôtres, saint Yves, le patron des avocats et défenseur des pauvres, et sainte Barbe, protectrice contre la foudre et les morts subites.

Mais sainte Barbe cache un secret fascinant : observez attentivement sa tête couronnée. Cette tête de sainte, authentique du quinzième siècle, n’appartient pas à l’origine à ce corps ! Elle a été ajustée avec divers fragments de verre ancien, certains même placés à l’envers par les restaurateurs. C’est un véritable puzzle de verre coloré, témoignage des nombreuses restaurations qu’a subies ce vitrail au fil des siècles. Les dais au-dessus des saints ont également été remaniés, portant les traces de ces interventions successives.

Portez maintenant votre regard vers le tympan, cette partie haute en forme d’arc. Dans les quadrilobes de gauche, des anges musiciens et des séraphins aux six ailes célèbrent la gloire divine, tandis que dans celui de droite, un ange musicien accompagne un ange en prière. Dans les écoinçons, ces petits espaces triangulaires, d’autres anges déploient des phylactères – ces banderoles portant des inscriptions sacrées, restaurées au dix-neuvième siècle.

Cette verrière est ainsi un livre d’histoire à elle seule, où chaque époque a laissé sa marque, créant cette œuvre composite qui continue aujourd’hui d’éblouir les visiteurs par sa beauté et de les émouvoir par son histoire mouvementée.

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La verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste ou baie 8 (Mausse Heurtault, 1535), offert par Jean et Michel de Genouville, en l’église Saint-Ouen de Pont Audemer.

Dirigeons-nous maintenant vers la chapelle la plus proche pour continuer cette visite. Voici dans cette chapelle la verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste ou baie 8 (Mausse Heurtault, 1535), offert par Jean et Michel de Genouville, en l’église Saint Ouen de Pont Audemer.

Cette incroyable verrière illumine l’église Saint-Ouen depuis 1535. Vous admirez là l’œuvre de Mausse Heurtault, généreusement offerte par Jean et Michel de Genouville. Ce vitrail raconte l’histoire tragique de saint Jean-Baptiste, et tenez-vous bien : cette œuvre cache un petit secret fascinant !

Figurez-vous que ce même vitrail existe en plusieurs exemplaires. L’original fut créé à Troyes par un maître verrier de renom. Mais voici où l’histoire devient captivante : quelqu’un ici, à Pont-Audemer, tomba sous le charme de cette œuvre et se dit « Moi aussi, je veux exactement le même vitrail ! » Il fit donc appel à un autre maître verrier en lui demandant de reproduire fidèlement l’original. Résultat : on retrouve des versions quasi identiques dans plusieurs églises, notamment à l’église Jeanne d’Arc de Rouen !

Maintenant, laissez-moi vous guider à travers cette histoire dramatique qui se déploie sous vos yeux. Dans la partie haute à gauche, observez saint Jean-Baptiste prêchant dans la campagne. Voyez comme la scène est vivante : les fidèles l’écoutent religieusement, et même un serf – un paysan esclave de l’époque – tend l’oreille vers ses paroles. Juste à côté, en troisième colonne, découvrez la scène du baptême du Christ, moment solennel et sacré.

Mais c’est tout en bas que l’histoire prend une tournure sombre et fascinante. Ce fond de panneaux bleu foncé vous intrigue ? Ils racontent un drame royal. Regardez attentivement ce paysage en grisaille sur verre bleu, signature caractéristique de l’atelier de Beauvais. Admirez cette tour aux tambours superposés et ces balustrades élégantes où se pressent les spectatrices du drame qui va se jouer.

Car nous voici au palais du roi Hérode, en pleine fête d’anniversaire. Hérode a épousé Hérodiade, mais attention : elle était auparavant l’épouse de son propre frère ! Selon la loi juive, cette union est strictement interdite. Jean-Baptiste, fidèle à ses convictions, s’oppose fermement à ce mariage scandaleux.

Voyez cette belle jeune femme en rouge qui se détache du banquet ? C’est Salomé, la fille d’Hérodiade, réputée pour sa beauté envoûtante. Au cours de cette fête, elle danse et chante si bien qu’elle séduit complètement son beau-père Hérode. Transporté, le roi lui promet : « Demande-moi ce que tu veux, je te l’accorderai ! »

Et c’est là que le drame bascule. Salomé, influencée par sa mère, réclame la tête de Jean-Baptiste. Regardez en bas à gauche : Hérode, malgré ses regrets, ordonne au garde d’exécuter le saint. Et voici Salomé qui s’avance, son plateau à la main, pour recueillir cette tête et l’apporter triomphalement à sa mère Hérodiade et à Hérode, assis tous les deux à leur table tout à droite de la scène.

Mais attendez, il y a un détail absolument saisissant ! Observez bien le personnage en vert assis derrière Hérodiade à cette table de banquet. Regardez son visage grimaçant, ses doigts crochus, son expression hideuse. Il est vêtu de vert – couleur maudite à cette époque. Est-ce un malade, un fou, ou peut-être même le diable en personne ? Mystère ! Ce personnage terrifiant ajoute une dimension sinistre à toute la scène.

Cette verrière vous offre ainsi un véritable théâtre médiéval sous-verre, où se mêlent foi, politique, passion et tragédie. Chaque détail a été pensé pour émouvoir et instruire les fidèles d’autrefois… et vous fasciner encore aujourd’hui !

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La verrière de la Dormition de la Vierge (vers 1535), baie 10 de l’église de Pont-Audemer.

Avançons-nous à la chapelle suivante pour découvrir le vitrail suivant, la verrière de la Dormition de la Vierge, la baie 10 de l’église.

Levez les yeux vers cette merveille de verre et de lumière qui date d’environ 1535. Vous voici devant l’un des joyaux de l’église Saint-Ouen : le vitrail de la Dormition de la Vierge, une œuvre d’art qui raconte à la fois une histoire sacrée et l’histoire d’une famille de Pont-Audemer.

Regardez d’abord la scène principale, au sommet du vitrail. Dans un décor absolument somptueux à l’antique, la Vierge Marie repose paisiblement sur un lit à colonnes, entourée d’un véritable écrin architectural aux colonnes dorées. Autour d’elle se pressent les apôtres, et vous pouvez reconnaître saint Jean et saint Pierre, les plus proches du Christ, qui veillent tendrement celle qui fut sa mère. Juste au-dessus, deux anges complètent cette scène touchante, tandis que l’architecture grandiose, avec son péristyle et ses terrasses ornées de petits anges brandissant des étendards, donne à l’ensemble une majesté royale.

Cette mise en scène n’est pas anodine. À une époque où les protestants reprochent aux catholiques d’accorder trop d’importance à la Vierge Marie, ce vitrail répond avec éclat en la plaçant dans un cadre véritablement royal, affirmant ainsi sa place privilégiée dans la foi catholique.

Mais descendez maintenant votre regard vers la partie inférieure, et vous découvrirez une galerie de portraits fascinante : celle des donateurs qui ont financé ce chef-d’œuvre. Huit personnages sont agenouillés, tournés vers le chœur en signe de dévotion, et ils nous racontent l’histoire d’une riche famille de la région.

À gauche, un homme âgé vêtu de bleu, seul à son prie-Dieu – peut-être l’ancêtre ou le grand-père de la lignée. Au centre, un homme plus jeune en manteau blanc accompagné de ses deux fils. Et à droite, une dame en manteau rouge avec ses trois filles, dont deux semblent être des femmes mariées, ce qui suggère qu’elle pourrait être la grand-mère de cette nombreuse descendance.

Ces armoiries qui ornent le vitrail nous racontent l’histoire de cette famille prospère : un blason bleu orné de trois étoiles dorées, avec au centre un écu plus petit contenant une tête de cerf dorée surmontée d’une étoile. Les variations dans les armoiries dans les coins gauche de chaque colonne révèlent les alliances matrimoniales et l’évolution de la lignée familiale au fil des générations.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là ! Levez encore les yeux vers le tympan, cette partie circulaire au sommet du vitrail. Dans l’oculus central du bas, la Vierge poursuit son voyage vers les cieux, portée par quatre anges dans sa glorieuse Assomption. Et tout en haut, c’est la Trinité elle-même qui vous accueille dans les nuées : la colombe du Saint-Esprit entourée de séraphins dans l’oculus supérieur, le Christ ressuscitant sortant du tombeau à gauche, et Dieu le Père trônant majestueusement à droite, coiffé de la tiare papale.

Six anges complètent cette vision céleste, occupant les écoinçons avec grâce. Regardez attentivement ces détails : même les étendards que brandissent les petits anges ont leur histoire, arborant les armes de la corporation des peintres verriers d’un côté et celles du Saint-Empire de l’autre, rappelant le contexte artistique et politique de l’époque.

Ce vitrail, c’est donc bien plus qu’une simple décoration : c’est le témoignage d’une époque, d’une foi, et d’une famille qui a voulu laisser sa trace dans l’éternité du verre et de la lumière. Chaque fois que le soleil traverse ces verrières, il ranime les couleurs de cette histoire vieille de près de cinq siècles, et vous fait témoins de la dévotion et de la générosité de nos ancêtres de Pont-Audemer.

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La verrière des légendes des saints Eustache, Jean, Nicolas et Mathurin (1519) ou baie 12 de l’église de Pont-Audemer.

Passons à la chapelle suivante, un des plus complexes de l’église, c’est la verrière des légendes des saints Eustache, Jean, Nicolas et Mathurin, la baie 12 de l’église.

Cette magnifique verrière date de 1519. Laissez-moi vous raconter l’histoire fascinante de ce vitrail extraordinaire. Ce que vous voyez devant vous n’est pas une œuvre ordinaire – c’est un véritable livre d’images qui raconte les légendes de quatre saints vénérés : Eustache, Jean, Nicolas et Mathurin.

Mais attention, ce vitrail est complexe à lire ! Pour le lire correctement, il faut oublier nos habitudes modernes. Imaginez-vous en train de déchiffrer un code secret : commencez par la rangée du bas, de gauche à droite, puis remontez colonne par colonne vers le ciel. Cette façon de lire était typique du 13ᵉ siècle, et pourtant ce vitrail a été créé trois siècles plus tard ! Les artistes verriers du 16ᵉ siècle ont voulu rendre hommage aux traditions anciennes, tout en y ajoutant leur propre style – voyez ces élégantes accolades entre chaque panneau, typiques de la Renaissance.

Commençons par le bas, où se trouvent les généreux donateurs qui ont financé cette œuvre. À gauche, voici l’épouse de Jean de Fréville, entourée de ses trois filles dans leurs plus beaux atours. Juste à côté, Jean de Fréville lui-même, fier père de sept fils. Puis, à côté à droite, le seigneur Le Tellier, et enfin, tout à droite, une autre noble dame accompagnée de ses trois filles. Ces familles ont voulu laisser leur trace dans l’éternité du verre et de la lumière.

Maintenant, suivez-moi dans la première colonne à gauche, celle qui raconte le drame de saint Eustache. Imaginez ce général romain converti au christianisme : d’abord, il doit abandonner sa bien-aimée épouse aux mains de bateliers sans scrupules. Puis, tentant de traverser un fleuve avec ses deux fils, il ne peut en porter qu’un à la fois. Quelle tragédie ! Pendant qu’il transporte le premier, un lion s’empare du second ; quand il revient chercher l’autre, c’est un loup qui l’enlève ! Fort heureusement, deux hommes courageux sauvent les enfants, mais Eustache l’ignore. L’histoire se termine dans le panneau supérieur : refusant de sacrifier aux idoles païennes, Eustache et sa famille retrouvée sont enfermés dans un terrifiant taureau d’airain chauffé à blanc par l’empereur.

La deuxième colonne nous transporte dans l’univers mystique de saint Jean l’Évangéliste. En bas, voyez ce supplice à la Porte Latine de Rome, où Jean survit miraculeusement à l’huile bouillante. Au-dessus, contemplez cette vision saisissante de l’Apocalypse que Jean a reçue. Et tout en haut, admirez le saint bénissant une coupe empoisonnée à Éphèse – le poison se transformera en serpent inoffensif !

La troisième colonne célèbre saint Nicolas, le saint généreux par excellence. En bas, le miracle le plus célèbre : la résurrection des trois enfants découpés par un boucher cruel. Au-dessus, Nicolas dotant discrètement trois jeunes filles pauvres en jetant des bourses d’or par leur fenêtre. Et plus haut, une leçon de justice : saint Nicolas face à un débiteur de mauvaise foi.

Enfin, à droite, découvrez saint Mathurin, le libérateur. En bas, il chasse les démons qui possèdent les malheureux. Le panneau du milieu a hélas été perdu et remplacé par un assemblage hétéroclite où l’on distingue encore la tête de l’archange Michel. Mais le panneau supérieur nous montre un miracle spectaculaire : saint Mathurin sauvant un navire démâté, attaqué par une horde de démons marins !

Et pour couronner le tout, levez les yeux vers le sommet de cette verrière, le tympan : là, dans un éclat de lumière colorée, se déploie la scène ultime du Jugement dernier et de la résurrection des morts, promesse d’éternité pour tous ceux qui, comme nos quatre saints, ont su garder la foi.

Cette verrière de 1519 est bien plus qu’une simple décoration : c’est un testament de pierre et de lumière, où se mêlent dévotion, art et histoire.

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La verrière de saint Pierre et de saint Paul (vers 1515-1520) ou baie 14  de l’église Saint-Ouen de Pont Audemer.

Voilà pour ce vitrail assez complexe à comprendre, passons à la chapelle suivante, vous y verrez la verrière de saint Pierre et de saint Paul, la baie 14.

C’est un magnifique vitrail offert vers 1515-1520 par la puissante abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Cette œuvre d’art raconte l’histoire de deux des plus grands apôtres du Christ, saint Pierre et saint Paul, dans un spectacle de couleurs et de lumière qui va vous captiver.

Levez les yeux vers la partie haute du vitrail. Là se déploie un véritable théâtre biblique en quatre actes. À gauche, vous découvrez saint Pierre dans l’un des épisodes les plus célèbres des Évangiles : après la pêche miraculeuse sur le lac de Tibériade, voici le simple pêcheur qui ose marcher sur les eaux pour rejoindre le Christ. L’artiste verrier a peint avec un talent remarquable deux nefs marchandes du XVe siècle – une caraque à deux mâts aux formes rondes, où vous pouvez distinguer les apôtres André et Jean relevant leurs filets.

Mais l’histoire de Pierre ne s’arrête pas là. Juste à côté, dans la deuxième colonne, regardez cette scène dramatique : l’empereur Néron, reconnaissable à sa couronne et son manteau rouge damassé, assiste au crucifiement de Pierre. Le saint est crucifié la tête en bas – car il refuse d’être mis à mort de la même manière que son maître. Observez le bourreau en plein effort, un pied arc-bouté contre la croix, ses cheveux noués en chignon. Une colonne de lumière dorée descend du ciel, où Dieu lui-même bénit son fidèle serveur.

Passons maintenant à l’autre protagoniste de cette épopée. À droite, voici l’une des conversions les plus spectaculaires de l’histoire chrétienne : Saul de Tarse sur le chemin de Damas. Cet homme cultivé, bien différent du simple pêcheur Pierre, persécutait les chrétiens quand soudain une lumière aveuglante l’a désarçonné de son cheval. Cette explosion de lumière divine que vous voyez peinte ici transforme à jamais le persécuteur en apôtre. Une inscription latine accompagne la scène : « Saule, Saule, quid me persequeris » – « Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ? » Ces mots du Christ résonnent à travers les siècles.

Mais comme Pierre, Paul connaîtra le martyre. Dans la dernière scène, vous le voyez décapité sur ordre de Néron. Le bourreau rengaine déjà son épée, un détail saisissant de réalisme : sa chausse droite est relevée jusqu’à la racine de la cuisse, précaution professionnelle pour ne pas entraver son geste fatal.

Descendez maintenant votre regard vers la partie inférieure du vitrail. Ici, quatre saints se dressent sous d’élégants dais ornés de coquilles, symbole par excellence de la Renaissance. Ces architectures classiques baignent dans cette lumière dorée si caractéristique, obtenue grâce au jaune d’argent que maîtrisaient parfaitement les maîtres verriers de l’époque.

De gauche à droite, vous reconnaîtrez saint Jean-Baptiste – sa tête a été refaite au XIXe siècle -, puis saint Sébastien avec ses flèches, saint Antoine, son cœur enflammé et sa canne en forme de tau, et enfin saint Jacques le Majeur avec son bâton de pèlerin.

Enfin, levez une dernière fois les yeux vers le sommet du vitrail. Dans le tympan, au cœur d’une mandorle dorée entourée de dix-huit chérubins bleus, la Vierge à l’Enfant couronnée veille sur toute cette assemblée céleste. Six anges musiciens l’entourent – remarquez cette viole de gambe, instrument rare dans l’iconographie religieuse – tandis que deux anges en prière complètent cette vision paradisiaque.

Ce chef-d’œuvre, que vous pouvez reconnaître aux armes de l’abbaye de Saint-Ouen sculptées en clé de voûte, témoigne du savoir-faire exceptionnel des ateliers verriers normands du début du XVIe siècle. Chaque détail, des verres rouges gravés aux subtiles teintes rosées, raconte une histoire de foi, d’art et de dévotion qui traverse les siècles pour parvenir jusqu’à vous.

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La verrière de l’Annonciation et de la Mise au tombeau (1516 et 1927) , la baie 16 de l’église Saint-Ouen de Pont Audemer.

Avançons vers la prochaine chapelle, qui contient la verrière de l’Annonciation et de la Mise au tombeau, la baie 16 de l’église.

Cette œuvre d’art raconte une histoire fascinante qui remonte à 1516, quand un couple de bourgeois de Pont-Audemer décida d’offrir cette splendeur à leur communauté. Imaginez Guillaume Tesson, un tavernier prospère et conseiller de la ville, et son épouse Jehanne Le Myre. Ces gens du peuple avaient réussi dans les affaires – les taverniers de l’époque devaient être assez fortunés pour pouvoir s’offrir un tel trésor artistique. D’ailleurs, ce Guillaume était déjà actif en 1478, livrant des blocs de pierre taillée pour le pavement de la fontaine de la ville. Trente-huit ans plus tard, en 1516, il investissait dans cette magnifique verrière.

Regardez attentivement la partie supérieure : voici l’Annonciation dans toute sa splendeur lumineuse. À gauche, cette Vierge Marie vous saisit par sa jeunesse touchante – elle ressemble à une toute petite jeune fille avec ses petites nattes blondes, debout devant son lutrin sous un baldaquin de tissu. Sur la console, un livre aux pages ouvertes est réalisé dans un verre rouge gravé d’une finesse extraordinaire. Son phylactère porte les mots « Ecce ancilla dni » – « Voici la servante du Seigneur ».

À droite, l’ange Gabriel descend du ciel avec une grâce saisissante. Observez ses cheveux encore dans le vent du mouvement céleste, les plis de sa robe qui semblent flotter dans l’air divin. Il est accompagné de quatre petits anges et présente ses phylactères avec les paroles sacrées : « Spiritus sanctus super veniet in te » – « L’Esprit Saint vient sur toi » — et le célèbre « Ave gracia plena dnus tecum » – « Je te salue pleine de grâces, le Seigneur soit avec toi ». Marie répond avec humilité : « quomodo fiet istud nam virum non cognosco? » – « Comment cela se pourra-t-il puisque je ne connais point d’homme ? »

Au centre en haut de cette scène divine, Dieu le Père apparaît en buste, entouré par la colombe de l’Esprit-Saint et une gloire de séraphins rouges baignés de rais de lumière. Plus bas, un détail symbolique vous charmera : un vase de lys au milieu d’un buisson d’épines, référence à la litanie mariale « lilium inter spinas » — le lys parmi les épines – qui fait le lien entre le terrestre et le divin.

Dans le tympan au sommet, la Trinité se révèle dans toute sa majesté : sous la colombe, le Père et le Fils figurent à l’identique, enveloppés du même manteau, tenant le même livre où est inscrit « EGO SUM ALPHA ET OMEGA ». Les anges entonnent leurs chants sacrés : « Sanctus Sanctus Sanctus, Dominus deus Sabaoth », « Benedictus », « Alléluia », proclamant le « Benedicamus Domino » – « Louons le Seigneur ».

Selon l’expert Jean Lafond, cette œuvre est « très brillante » et sort des mains d’un des meilleurs élèves d’Arnoult de Nimègue, le même artiste qui créa le vitrail de l’ancienne église Saint-Vincent de Rouen et les verrières de Saint-Denis à Duclair. On y admire « un décor plein de finesse dans son exubérance ».

Mais l’histoire prend une tournure dramatique avec la partie inférieure. La Mise au tombeau originale du XVIe siècle fut détruite au XIXe siècle. Heureusement, un photographe avait immortalisé cette scène en 1888. Grâce à ce précieux document, l’atelier Gaudin put reconstituer la scène en 1927. Toutefois, on ne retrouve pas du tout la même sensibilité, la même « patte » artistique que dans la partie supérieure – le résultat paraît plus raide, moins vivant.

Cette reconstitution nous montre Jésus étendu sur la pierre d’un tombeau de marbre orné de médaillons antiques, dans un jardin luxuriant planté d’orangers, de grenadiers ou de pommiers, de poiriers, entouré de plessis. Autour du Christ se pressent les personnages traditionnels : Joseph d’Arimathie soutenant la tête, Nicodème aux pieds, la Vierge et saint Jean entre deux saintes femmes, Marie-Madeleine agenouillée avec sa cassolette d’encens au centre tout en bas.

Deux autres hommes portent le bonnet conique caractéristique : il pourrait s’agir du pharisien Gamaliel et de son fils Abibon, comme on les voit représentés sur la Mise au tombeau contemporaine de l’abbatiale de Quimperlé. Un détail technique fascinant : le verre vénitien du bonnet de Nicodème et le verre rouge gravé de l’homme de gauche témoignent du raffinement de l’époque. L’inscription « INRI » apparaît cinq fois dans des cartouches, parfois encadrés de guirlandes, avec toujours ce curieux N rétrograde, tandis que « MARIA » orne les pilastres latéraux.

Enfin, au registre le plus bas, découvrez la famille des donateurs dans toute sa fierté bourgeoise : Guillaume Tesson accompagné de ses cinq fils à gauche, Jehanne Le Myre suivie de ses deux filles à droite. L’inscription gravée pour l’éternité proclame : « GUILLAUME TESSON BOURGOIS DU PONTAUDEMER ET JEHANNE MYRE SA FEMME ONT DONNÉ CESTE VERRIERE EN LAN MIL CINQ CENTZ ET SEIZE. PRIES DIEU POUR EULX. » Un témoignage touchant de foi et de générosité qui traverse les siècles pour arriver jusqu’à nous.

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photo du tableau “l’adoration des mages”

Alors, laissez-moi vous raconter une histoire extraordinaire, une véritable aventure de détective artistique qui s’est déroulée ici même, dans cette église de Pont-Audemer.

Tout commence lors des travaux de restauration de l’église Saint-Ouen, commencés en 2015. Quelqu’un nous signale qu’il y a là-haut, dans le clocher, un vieux tableau poussiéreux. Personne ne sait vraiment ce que c’est, mais il a l’air intéressant. Imaginez la scène : nous grimpons dans ce clocher et découvrons cette toile abandonnée, recouverte de poussière et… eh bien, disons-le franchement, de quelques souvenirs laissés par les pigeons !

Nous faisons alors appel à un restaurateur de l’Atelier Renascentis de l’abbaye de Saint-Wandrille, qui était déjà venu pour un autre tableau. Il monte voir cette œuvre mystérieuse et nous dit : « Quand vous l’aurez descendue de son perchoir, je reviendrai l’examiner. Elle a l’air vraiment intéressante. » Et effectivement, quand il revient, c’est là que tout bascule : il découvre une signature. Nicolas Bertin ! 

Vous vous rendez compte ? Nicolas Bertin, c’est un peintre né à Paris en 1668, mort en 1736, issu d’une famille de sculpteurs. Ce prodige a découvert la peinture à seulement 10 ans et est devenu si talentueux qu’il a côtoyé les plus grands maîtres de son époque. Il a travaillé presque exclusivement pour l’empereur Maximilien, et ses œuvres ornent aujourd’hui les murs du château de Versailles, de Marly, de Meudon, du Louvre, de Rouen, et même de l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris.

Cette toile impressionnante mesure 3 mètres de haut sur 1,6 mètre de large et date de 1718. Mais alors, que faisait-elle là-haut dans ce clocher ? Voilà bien le mystère ! J’ai mes petites hypothèses : il existait dans l’Essonne un château, aujourd’hui démoli, qui possédait une chapelle avec une Adoration des Mages et un plafond orné de personnages de l’Ancien Testament. Le restaurateur nous a d’ailleurs confirmé qu’il s’agissait d’un « tableau d’hôtel notable ». Était-elle cachée là-haut volontairement ? Nous ne le saurons probablement jamais.

La restauration de ce trésor a coûté 11 000 euros, dont 2 500 euros généreusement offerts par la mairie. Et quel résultat ! Regardez cette magnifique Adoration des Mages qui se déploie devant vous.

Au centre, la Vierge Marie rayonne dans sa splendide robe bleue chatoyante, tenant tendrement l’enfant Jésus sur ses genoux, le regard tourné vers les cieux. Derrière elle, à gauche, remarquez saint Joseph, très discret avec son bâton, fidèle gardien de la Sainte Famille.

Et puis il y a ces trois rois mages fascinants ! Savez-vous pourquoi ils sont précisément trois ? Cette tradition remonte au Moyen Âge, au 12ᵉ siècle. Ils représentent les trois continents alors connus – l’Afrique, l’Europe et l’Asie – mais aussi les trois âges de la vie. Balthazar, le mage africain à la peau noire, incarne la jeunesse. Gaspard représente l’âge mûr et symbolise l’Asie. Enfin Melchior, le plus âgé d’entre eux, figure la vieillesse et représente l’Europe.

Observez leurs offrandes, chacune lourde de sens : l’or, cadeau digne d’un roi pour assurer sa puissance matérielle ; l’encens, présent offert à la divinité ; et la myrrhe, cette résine précieuse utilisée pour l’embaumement des morts, rappelant prophétiquement la mortalité future du Christ. Toute la symbolique chrétienne se déploie dans ces trois cadeaux.

Et regardez au-dessus : cette envolée d’anges absolument saisissante et magnifique qui couronne toute la scène, comme si le ciel lui-même participait à cette adoration.

Voilà comment un simple signalement dans un clocher poussiéreux s’est transformé en découverte d’un chef-d’œuvre du 18ᵉ siècle. Cette toile, qui ornait peut-être autrefois un château noble, a trouvé sa place ici, dans notre église Saint-Ouen, pour le plus grand bonheur de tous ceux qui viennent l’admirer.

Avançons un peu, nous voici maintenant devant une grande chapelle très particulière, celle dédiée à la charité. Regardez bien ce panneau en bas, voyez comme ces processions se déploient au-dessus… Cette scène raconte une histoire fascinante qui nous ramène aux heures les plus sombres de notre région.

Imaginez-vous au temps des grandes épidémies de peste, quand la mort rôdait dans chaque rue de Pont-Audemer. C’était un monde où approcher un malade pouvait vous coûter la vie, où les familles entières disparaissaient en quelques jours. Dans ces moments de désespoir total, des hommes et des femmes ordinaires ont fait un choix extraordinaire : ils ont décidé de risquer leur vie pour aider leurs concitoyens.

Ces héros anonymes, qu’on appelait les membres de la charité, se dévouaient corps et âme pour les plus vulnérables. Quand quelqu’un mourait – et hélas, c’était fréquent – il fallait bien l’enterrer. Mais qui oserait s’approcher d’un corps pestifère ? Eux, ils osaient. 

Observez bien cette figure mystérieuse sur le panneau : c’est un médecin de l’époque avec son masque si particulier, doté d’un long bec. Ce bec n’était pas qu’un accessoire étrange – il était rempli d’aromates pour masquer l’odeur insoutenable de la mort, mais aussi pour permettre au docteur de respirer sans inhaler directement l’air vicié. Et voyez comme ce masque impressionnait : dès que les gens l’apercevaient, ils s’écartaient instinctivement, créant cette distance salvatrice.

Ce qui est remarquable, c’est que cette tradition de charité n’a jamais disparu ! Aujourd’hui encore, dans tout le département de l’Eure, dans chaque paroisse, vous trouverez des confréries de charité qui perpétuent cet esprit de solidarité. Elles ont traversé les siècles, gardant vivante cette belle tradition d’entraide. Et savez-vous que certaines ont même essaimé jusqu’au Canada, emportées par nos ancêtres normands qui n’ont jamais oublié ces valeurs de fraternité ?

Cette chapelle nous rappelle donc que même dans les moments les plus terrifiants de l’histoire, l’humanité a su faire briller sa générosité.

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La verrière de la vie de saint Ouen (offerte par la confrérie du Saint Sacrement vers 1515) ou baie 18 de l’église de Pont-Audemer.

Il y a deux vitraux dans cette grande chapelle, commençons par celui de gauche, qui est la verrière de la vie de saint-Ouen, la baie 18 de l’église Saint-Ouen.

Levez les yeux vers cette magnifique verrière qui illumine l’église depuis plus de cinq siècles ! Offerte par la confrérie du Saint Sacrement vers 1515, elle nous raconte l’extraordinaire histoire de saint Ouen à travers douze épisodes fascinants répartis dans les douze cases.

Mais commençons par le tympan au sommet, où trois scènes nous montrent la fin de cette vie exceptionnelle. À gauche, voyez ce cortège solennel : des clercs portent le corps du saint vers sa dernière demeure. Au centre, c’est l’inhumation elle-même, et à droite, un moment particulièrement émouvant : saint Ansbert, son successeur, transporte précieusement les reliques du saint de Clichy jusqu’à Rouen.

Descendons maintenant d’un niveau pour découvrir les miracles du saint. À gauche, voici une scène pleine d’enseignement : saint Ouen, magnifiquement vêtu de sa soutane rouge, de son surplis blanc et de son camail pourpre, coiffé d’un bonnet violet, guérit miraculeusement un meunier. Cet homme était paralysé de la main droite pour avoir osé travailler le dimanche ! Regardez comme toute la famille – père, mère et frère – assiste, émerveillée, à cette guérison.

Au centre, une scène saisissante : une femme possédée est guérie devant un retable de saint Pierre. Si vous observez bien, vous apercevrez au-dessus d’elle un petit diable vert qui s’enfuit – symbole de sa libération ! À droite, nous assistons aux derniers moments du saint : saint Ouen, alité et coiffé de son bonnet à oreillettes, reçoit les derniers sacrements de saint Ansbert. Voyez ce cortège touchant : un enfant de chœur avec ses cierges et ses clés, un acolyte portant les saintes huiles…

Continuons notre voyage dans le temps avec la ligne suivante. Juste en dessous à gauche, nous remontons aux origines : saint Colomban, l’abbé de Luxeuil, bénit le jeune Dadon – futur saint Ouen – accompagné de ses frères Adon et Radon, sous le regard bienveillant de leur mère et d’autres femmes. Au centre, le jeune noble accomplit son premier miracle : il fait jaillir une source sur les terres familiales ! Admirez sa tenue d’époque : toque bleue, robe dorée damassée serrée par une ceinture bleue, et cette élégante aumônière rouge et or à glands frangés. Au loin, on distingue même une église avec sa flèche et ses tours. À droite, scène pittoresque : à la demande de trois femmes inquiètes, saint Ouen, agenouillé en prière, chasse miraculeusement les grues qui dévastaient les champs de blé de son père !

L’ascension sociale du saint nous est racontée dans la ligne suivante. Encore au-dessus à gauche, le roi Dagobert en personne nomme saint Ouen officier de chancellerie, lui remettant solennellement un coffret blanc orné de fleurs de lys, devant quatre seigneurs impressionnés. Au centre, moment crucial : l’intronisation au siège épiscopal de Rouen par trois évêques. Détail intéressant : l’investiture se fait par la mitre et non par la crosse comme c’est l’usage à Rouen ! Observez la précision du geste : l’archevêque pose la mitre, un autre évêque tient le récipient d’huile sainte, le troisième présente délicatement l’anneau épiscopal. À droite, vision mystique extraordinaire : une croix fulgurante apparaît dans le ciel devant saint Ouen, qui fait aussitôt ériger une croix marquant l’emplacement du futur monastère de la Croix-Saint-Leuvroy.

Enfin, la dernière ligne nous plonge dans l’atmosphère des processions de l’époque. À gauche, le défilé commence avec le « tintenellier » – reconnaissable à sa dalmatique bleue semée de calices d’or – qui agite joyeusement ses clochettes. Derrière lui, la bannière à l’effigie de saint Ouen portée par un confrère, encadrée de jeunes clercs avec leurs cierges et suivie d’enfants de chœur habillés comme de petits messieurs. Au centre, douze confrères au chaperon bleu brandissent leurs grandes torches allumées dans un spectacle lumineux saisissant. Et pour clore cette procession, à droite, sept chantres revêtus de leurs plus belles chapes. Si vous regardez attentivement, vous verrez même d’anciennes inscriptions mystérieuses sur les galons de la dernière chape et sur le col du dernier chantre – témoins silencieux de l’histoire de ce vitrail exceptionnel !

Voilà comment, pendant plus de cinq siècles, cette verrière a raconté aux fidèles et aux visiteurs l’histoire extraordinaire de saint Ouen, patron de cette belle église de Pont-Audemer.

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La verrière des Miracles de  l’Eucharistie (vers 1515) ou baie 20 de l’église de Pont-Audemer.

Passons au vitrail suivant, le dernier de toutes ces chapelles. Voici donc la verrière des Miracles de l’Eucharistie, la baie 20.

Devant ce magnifique vitrail de cinq mètres de haut datant de 1515, il nous raconte l’une des histoires les plus fascinantes de l’art religieux médiéval. Cette verrière des Miracles de l’Eucharistie n’est pas simplement une œuvre d’art : c’est un véritable livre d’images qui nous plongent dans les croyances et les peurs de nos ancêtres.

Regardez d’abord tout en haut, dans le tympan au sommet : on y voit la scène, le moment où Jésus institue l’Eucharistie avec ses apôtres. C’est le point de départ de toute cette histoire extraordinaire que le vitrail va nous raconter.

Mais c’est dans les petites fenêtres en forme d’amande, qu’on appelle mouchettes, que l’histoire devient vraiment captivante. À gauche, voici un récit qui pourrait sortir d’un conte terrifiant : un juif a acheté une hostie consacrée à une chrétienne et l’a jetée à son chien pour se moquer. Mais voyez ce qui arrive ! Le chien, au lieu de manger l’hostie, s’agenouille respectueusement devant elle et mord son maître à la main en punition de son sacrilège. Cette histoire, tirée des « exemples moraux » de Jean Mansel, nous montre comment même les animaux reconnaîtraient le caractère sacré de l’Eucharistie.

À droite, une histoire encore plus merveilleuse : une femme de Provence, voyant ses abeilles mourir de faim, décide de leur donner une hostie. Mais regardez le miracle ! Au lieu de la manger, les abeilles construisent autour d’elle une magnifique petite chapelle avec un autel, créant ainsi un tabernacle naturel pour protéger le corps du Christ. Jean Mansel nous dit qu’elles firent « une moult belle chapelle, et avait dedans un autel et sur l’autel était le corps de notre seigneur ».

Descendons maintenant vers le registre supérieur, où les histoires deviennent encore plus dramatiques. À gauche, nous assistons à une scène aquatique saisissante : un prêtre a jeté le Saint-Sacrement dans une rivière, et aussitôt, deux magiciens qui marchaient sur l’eau se noient, punis de leur hérésie, tandis que deux anges récupèrent précieusement le ciboire. L’eau est représentée en bleu profond, et on voit la justice divine à l’œuvre.

À côté à droite, voici l’histoire touchante d’Archambault de Bourbon sur son lit de mort. Cet homme, rongé par le remords d’avoir tué son neveu, refuse de se confesser quand l’évêque vient l’administrer. Le prélat repart, indigné. Mais voyez le miracle : l’hostie sort d’elle-même du ciboire et vient se placer dans la bouche du mourant ! L’évêque, témoin de ce prodige, revient et entonne les louanges du Seigneur. Cette histoire nous montre que même les plus grands pécheurs peuvent recevoir la miséricorde divine.

Au registre du milieu, les récits se font plus sombres. À gauche, un pécheur qui a osé communier sans avoir reçu l’absolution meurt dans d’atroces souffrances : l’hostie lui blesse la gorge en sortant de son corps, punition visible de son indignité. À droite, voyez cette scène étonnante : un possédé, que certains identifieraient aujourd’hui comme un malade mental, est enchaîné dans l’église par son gardien qui tient un gourdin. Mais regardez ! Quand il reçoit la communion, un diable rouge s’enfuit au-dessus de lui, les mains en l’air, signe de sa guérison miraculeuse par l’Eucharistie.

Et enfin, dans la partie inférieure tout en bas, nous quittons le domaine du merveilleux pour retrouver la réalité quotidienne de l’époque : la procession du Saint-Sacrement. À gauche, le prêtre porte solennellement l’ostensoir sous un dais porté par quatre notables de la Confrérie. À droite, la foule des fidèles et des bourgeois de la ville suit la procession, coiffée de leurs bonnets. Cette scène nous rappelle qu’à l’époque, rappelons-nous, l’Église et l’État ne faisaient qu’un. La séparation n’aura lieu qu’en 1905.

Ce vitrail est d’autant plus remarquable qu’il a été créé d’après les cartons du fameux Maître de Montmorency, un artiste parisien très prolifique sous François Ier. Il s’inspire d’une série de tapisseries conservées au château de Langeais et d’autres œuvres similaires à Nogent-le-Roi. Mais ici, un peintre rouennais a adapté ces modèles parisiens, créant une œuvre unique qui mélange influences de la capitale et savoir-faire normand.

Vous remarquerez que ce vitrail a été quelque peu amputé : sa troisième lancette, à droite, a été obstruée par un mur quand on a construit l’escalier qui monte au clocher de l’église. Mais même ainsi, il reste un témoignage extraordinaire de la foi et des croyances de nos ancêtres, un livre d’images qui nous raconte comment, au début du XVIe siècle, on concevait le sacré, le miracle et la justice divine.

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Tableau “Le Décalogue” des protestants

Face à vous se dresse un mystérieux tableau classé monument historique, dont les couleurs patinées par le temps murmurent une histoire fascinante qui nous plonge dans les secrets religieux de Pont-Audemer. Cette œuvre remarquable, qui mériterait aujourd’hui une restauration pour révéler toute sa splendeur originelle, cache en réalité un passé protestant inattendu dans cette église catholique.

Car ce que vous contemplez, c’est un décalogue authentique – un tableau sur lequel sont inscrits les dix commandements divins, tel qu’on en trouvait dans les temples protestants. Et voici le premier mystère : oui, il y a bien eu un temple protestant dans notre chère ville de Pont-Audemer ! Mais où exactement ? Là réside l’énigme qui passionne encore aujourd’hui les historiens locaux.

Les recherches les plus poussées suggèrent qu’il se trouvait probablement du côté de la rue Jules Ferry, à l’extérieur des anciennes fortifications de la ville. Imaginez ces murs qui abritaient autrefois une communauté protestante, dans une époque où les religions coexistaient différemment qu’aujourd’hui. Mais malgré toutes les investigations menées par des chercheurs passionnés, l’emplacement exact de ce temple demeure un secret bien gardé par l’histoire.

Comment ce décalogue protestant s’est-il retrouvé dans cette église catholique ? Par quels chemins tortueux de l’histoire ce témoignage d’une foi différente a-t-il traversé les siècles pour échouer ici ? Autant de questions qui ajoutent au charme mystérieux de cette œuvre, où chaque commandement gravé porte en lui les échos d’une communauté disparue et les traces d’un patrimoine religieux plus complexe qu’il n’y paraît à Pont-Audemer.

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Quatre statues décapitées et une gargouille bicéphale

Regardez maintenant au sol, à l’intérieur de ces dernières chapelles, nous nous trouvons ici devant un ensemble sculpté particulièrement significatif : quatre statues décapitées et une gargouille bicéphale, témoins tangibles de l’histoire mouvementée de cette église et de notre région.

Ces quatre sculptures ornaient à l’origine la tour sud de l’église Saint-Ouen, où elles occupaient une position architecturale précise : insérées dans les contreforts qui encadraient deux baies formant une amorce de galerie. Leur disposition était soigneusement étudiée, positionnées de part et d’autre du chapiteau composé qui couronnait cette baie géminée – terme architectural désignant une ouverture divisée en deux arcs jumeaux.

Ces œuvres, destinées à enrichir l’ornementation de la façade, datent de la fin du XVe siècle ou du début du XVIe siècle, période d’intense activité artistique dans la région. Si leur qualité d’exécution témoigne du savoir-faire des sculpteurs de l’époque, l’identité des personnages qu’elles représentaient demeure aujourd’hui inconnue.

Leur état de mutilation s’explique par les événements tragiques de 1562, au commencement des guerres de religion qui ont ravagé la France pendant plusieurs décennies. À cette date, les protestants s’emparent du contrôle de Pont-Audemer et procèdent au saccage systématique de l’église Saint-Ouen. Ce vandalisme iconoclaste, caractéristique de cette période troublée, visait à détruire les représentations jugées idolâtres. Les statues furent alors largement décapitées, victimes de cette violence religieuse qui frappa l’édifice alors même que sa construction s’était interrompue vers 1550.

Lors du vaste programme de restauration mené entre 2015 et 2019, les architectes des monuments historiques avaient initialement envisagé de restituer des têtes à ces quatre sculptures. Cependant, l’expertise technique a révélé que l’état de dégradation de la pierre, fragilisée par cinq siècles d’exposition aux intempéries, rendait cette intervention impossible sans risquer la destruction complète des œuvres.

Face à cette contrainte, une solution conservatoire a été adoptée : les socles des niches en pierre qui accueillaient les statues ont été protégés par un habillage de plomb, et les sculptures ont été définitivement transférées à l’intérieur de l’église pour assurer leur préservation. Ainsi, ces vestiges continuent de témoigner des vicissitudes de l’histoire religieuse et artistique de Pont-Audemer.

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Le jugement dernier, visible en façade au-dessus de l’Orgue, de Max Ingrand

Nous en avons terminé avec les vitraux des différentes chapelles, il nous reste cependant deux autres derniers vitraux à admirer avant de partir. 

Levez les yeux au-dessus de ce superbe orgue pour découvrir cette belle verrière de Max Ingrand. Cette œuvre monumentale nous raconte l’histoire du Jugement dernier, ce moment solennel où, selon la tradition chrétienne, chaque âme humaine sera appelée à rendre compte de sa vie terrestre. Imaginez la scène : Max Ingrand a choisi de placer cette représentation juste au-dessus de l’orgue, là où les voix s’élèvent vers le ciel, créant ainsi un dialogue saisissant entre la musique sacrée et l’art du verre.

Dans cette composition éblouissante de couleurs et de lumière, l’artiste nous rappelle les paroles du Christ lui-même : « Au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine qu’ils auront proférée. Car par tes paroles, tu seras justifié, et par tes paroles, tu seras condamné. » Ces mots résonnent avec une force particulière dans ce lieu de prière, où tant de paroles de foi ont été prononcées au fil des siècles.

Mais ne vous y trompez pas, ce vitrail n’est pas seulement un avertissement. C’est aussi un message d’espoir profond. Ingrand nous montre que la foi en Jésus-Christ devient notre guide, notre lumière pour nous préparer à ce moment ultime. Observez comme les couleurs se transforment, passant des teintes sombres aux éclats lumineux, symbolisant cette transformation intérieure que vivent les fidèles disciples.

L’artiste nous raconte visuellement cette métamorphose spirituelle : comment le repentir sincère peut purifier l’âme, comment l’abandon des pensées et des actes impurs permet au Saint-Esprit d’opérer ce miracle de la transformation du cœur. Dans les jeux de lumière qui traversent le verre coloré, on peut presque voir cette alchimie spirituelle à l’œuvre, cette purification progressive qui éteint peu à peu le désir même de pécher.

Et quand vos yeux se perdent dans cette symphonie de couleurs, vous comprenez le message final d’Ingrand : ce jugement tant redouté peut devenir une promesse de bonheur éternel pour ceux qui se sont préparés, pour ceux qui ont su transformer leur cœur et qui se retrouveront enfin prêts à demeurer en la présence divine, baignés dans cette lumière éternelle que le maître verrier a su capturer dans son œuvre d’exception.

Parlons aussi un peu de ce magnifique orgue, dont les origines remontent à la Renaissance. Entièrement restauré entre 1996 et 2000 dans les ateliers de Michel Giroud à Grenoble, cet instrument classé Monument Historique révèle un buffet orné de boiseries du XVIe siècle d’une beauté saisissante.

Sa partie instrumentale comprend 17 jeux répartis sur deux claviers manuels et un pédalier. D’esthétique française, sa composition permet d’interpréter l’ensemble du répertoire européen, de la Renaissance à la fin du XVIIIe siècle. Aujourd’hui, cet orgue vit toujours : les élèves de l’école de musique locale s’y forment, des organistes invités s’y produisent régulièrement, et il accompagne les liturgies, perpétuant ainsi des siècles de tradition musicale. Il est aussi en fonction lors des messes, notamment celles du dimanche.

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La Résurrection, visible en façade à gauche de l’Orgue, de Max Ingrand

Un second vitrail, à gauche de l’orgue est aussi visible.

Encore une très belle œuvre, voici le vitrail de la Résurrection, toujours de Max Ingrand.

Cette œuvre raconte l’histoire la plus fondamentale du christianisme. Comme l’écrivait l’apôtre Paul dans sa Première épître aux Corinthiens : « Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine et vaine aussi est votre foi. » Cette croyance affirme que Jésus-Christ est véritablement ressuscité d’entre les morts afin d’accomplir la Rédemption de l’humanité.

Le vitrail d’Ingrand capture ce moment crucial où, selon les Évangiles, après la crucifixion ordonnée par Ponce Pilate et la mort sur la Croix, Jésus fut mis au tombeau. Deux jours plus tard, les Saintes Femmes et notamment Marie de Magdala découvrent que la lourde pierre qui fermait le tombeau a été roulée et que le sépulcre est vide. Le Christ ressuscité apparaît ensuite à plusieurs de ses disciples et aux Apôtres.

Dans ce vitrail de façade, Ingrand utilise toute sa maîtrise technique pour traduire cette scène mystique en couleurs et en lumière. Reconnu pour la finesse de son travail et la sensibilité qu’il y apporte, l’artiste cherchait à renouveler les techniques du travail du verre et de la couleur. 

Grâce au travail d’Ingrand, chaque rayon de soleil qui traverse ce vitrail transforme l’église en un théâtre de lumière colorée, rappelant aux fidèles et aux visiteurs que la Résurrection parachève la vie et la mort de Jésus. Elle est le cœur de la foi chrétienne, scellant pour les croyants la victoire de la vie sur la mort et attestant la divinité du Christ.

Cette œuvre fait partie du patrimoine exceptionnel de Pont-Audemer, témoignage de la rencontre entre l’art sacré traditionnel et le génie créatif d’un maître verrier du XXe siècle, qui transforma la lumière normande en message d’espoir éternel.

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Ancienne chapelle des fonts baptismaux, rebaptisée chapelle du souvenir français

Nous voici maintenant devant une dernière chapelle, un peu à l’écart, qui porte encore les traces du temps qui passe. Cette petite chapelle poussiéreuse recèle pourtant une histoire particulièrement émouvante. À l’origine, c’était ici que se trouvaient les fonts baptismaux de l’église Saint-Ouen, là où les enfants de Pont-Audemer recevaient leur premier sacrement.

Mais après la Grande Guerre de 1914-1918, tout a changé. Les fonts baptismaux ont été déplacés ailleurs dans l’église, car cette chapelle allait prendre une tout autre signification. Regardez attentivement ce mur : vous y découvrirez près de deux cents noms gravés, autant de fils de cette ville qui ne sont jamais revenus des tranchées. Soldats morts au combat ou disparus à jamais dans l’horreur de cette guerre qui devait être la dernière.

C’est ainsi que cette ancienne chapelle baptismale est devenue la chapelle du souvenir français, transformant ce lieu de naissance spirituelle en sanctuaire de la mémoire. Au centre, trône encore un magnifique autel en bois du 17ᵉ siècle, témoin silencieux de ces deux vocations successives : d’abord l’accueil de la vie nouvelle dans la foi, puis l’hommage à ceux qui ont donné leur vie pour la patrie.

J’espère que vous avez pris grand plaisir à découvrir tous ces vitraux et cette église avec sa riche et grande histoire. Tous ces détails et anecdotes sont toutes aussi saisissantes les unes que les autres, et nous transportent dans le passé, sur ce que représentait et représente toujours le catholicisme aujourd’hui. Le travail des vitraux et de l’architecture sont bien plus que des métiers, ils sont le transport de l’histoire au travers du temps. Merci à vous de vous être laissé transporter au cours de l’histoire de cette magnifique église classé monument historique. Je vous souhaite une bonne journée, à bientôt !

L’église Saint Ouen de Pont Audemer

Pont-Audemer possède un patrimoine religieux remarquable centré autour d’un édifice majeur. L’église saint ouen de pont audemer est le cœur spirituel de la communauté locale. Cette splendide église saint ouen de pont audemer accueille les fidèles depuis des générations.

La paroisse pont audemer gère l’ensemble des activités religieuses de ce lieu de culte emblématique. Pour connaître les moments des offices, il suffit de consulter la paroisse pont audemer horaire affichée régulièrement. L’église saint ouen de pont audemer porte également plusieurs appellations selon les contextes.

Un lieu de recueil hors du commun

Certains la désignent sous le nom d’église saint ouen pont audemer, d’autres l’appellent l’église catholique saint ouen. L’église de pont audemer est aussi connue comme l’eglise pont audemer par les habitants. Bien que quelques petits lieux de culte alternatifs existent dans les environs (comme l’église biblique pont audemer, l’église biblique de pont audemer ou l’église evangelique pont audemer), c’est l’église saint ouen de pont audemer qui demeure le véritable cœur religieux de cette charmante commune normande.

Architecture et histoire

Cet édifice religieux témoigne d’une richesse architecturale impressionnante. Ses vitraux colorés laissent pénétrer une lumière douce et apaisante qui invite au recueillement. Les colonnes majestueuses qui soutiennent la voûte racontent des siècles de dévouement et de foi. Chaque détail ornemental révèle le talent des artisans qui ont participé à sa construction.

Vie communautaire

Au-delà de sa fonction religieuse, ce lieu demeure un point de ralliement pour toute la communauté. Les événements importants de la vie des habitants s’y déroulent, du baptême au mariage. Les traditions s’y perpétuent d’année en année, créant des liens intergénérationnels forts. C’est également un refuge pour ceux en quête de spiritualité et de sens.

Destination touristique

Les visiteurs venus explorer la Normandie ne manquent jamais de passer par Pont-Audemer pour admirer ce bijou du patrimoine religieux régional. Les amateurs d’histoire et d’architecture apprécient particulièrement la visite de cet endroit chargé d’émotions. Les photographies prises à l’intérieur comme à l’extérieur capturent l’atmosphère sereine et inspirante qui s’en dégage. Nombreux sont ceux qui reviennent régulièrement pour retrouver cette sensation de paix et de contemplation.